Depuis 2015, le Burkina Faso fait face à une recrudescence dramatique des attaques djihadistes, plongeant plusieurs pans du territoire dans une insécurité chronique. Au cœur de cette tourmente, le réseau Radio Évangile Développement (RED), fort de ses huit stations disséminées à travers le pays, tente de maintenir un lien vital avec les populations. Si les studios d’Ouagadougou restent relativement protégés, les stations de Ouahigouya et Yako au nord, ou celle de Fada N’Gourma à l’est, opèrent sous une surveillance et une vigilance constantes.
Suppléer l’absence des églises
L’impact le plus saisissant de cette crise sécuritaire est la fermeture forcée de plus d’une centaine d’églises, voire davantage, dans les régions du Nord et de l’Est. Dans ce contexte de vide spirituel, la radio a changé de dimension pour ne plus être seulement un média, mais devenir un véritable « pasteur », un conseiller et un moyen de communication indispensable. Etienne Kiemdé rapporte des scènes poignantes de chrétiens privés de lieux de culte, souvent nouvellement convertis, qui se regroupent désormais autour d’un simple poste récepteur pour écouter ensemble le message de l’Évangile.
Une résistance face aux menaces insidieuses
Contrairement à d’autres régions d’Afrique, le réseau RED n’a pas encore subi de dommages matériels directs, bien que la station de Houndé ait dû fermer ses portes temporairement pendant 24 heures par mesure de sécurité après une attaque contre la base de gendarmerie voisine. La pression se fait toutefois sentir de manière plus insidieuse par des menaces que l’on peut qualifier d’indirectes. Cela se traduit par des appels anonymes parvenant à la station pour critiquer les programmes ou tenter d’intimider les équipes, ainsi que par les efforts de certains groupes radicaux pour empêcher les populations d’accéder aux fréquences de la radio.
Etienne Kiemdé, directeur de Radio Évangile Développement, modèle de la radio intégrale
Un message de cohésion sociale et d’avenir
Face à ceux qui pourraient s’opposer aux appels à la paix, Etienne Kiemdé maintient une ligne ferme axée sur la notion de « Radio Intégrale », dont l’objectif est d’évangéliser tout en développant la communauté. Les programmes ont été spécifiquement réajustés pour mettre l’accent sur la paix, la cohésion sociale et le dialogue, des éléments essentiels pour permettre aux fils et aux filles de la région de vivre ensemble et de se donner la main.
Bien que des statistiques récentes suggèrent qu’une grande partie du territoire — environ 70 % à 75 % — a été récupérée par l’État, une certaine hantise persiste quant à la stabilité réelle du futur et à la peur de voir les violences recommencer. Pour Etienne Kiemdé, la radio reste le dernier rempart contre l’obscurité et un outil irremplaçable capable de franchir les barrières physiques là où les pasteurs ne peuvent plus se rendre physiquement.
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/06/Etienne-Kiemde_2.jpg20481463Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-06-21 08:31:572026-06-21 08:32:01Série « Ondes de Choc » : RED au Burkina, le « pasteur » des zones orphelines
Au cœur de Tombouctou, la Radio Tahanint, dont le nom signifie « Miséricorde » ou « Pitié » en langue Tamasheq, fait figure de pionnière et de miraculée. Lancée en avril 2007 par l’Église Évangélique Baptiste de Tombouctou, elle fut la toute première station chrétienne à émettre dans tout le nord du Mali, un territoire où le paysage médiatique était alors exclusivement dominé par les radios généralistes ou islamiques.
L’histoire de Tahanint est marquée par le sceau de la persécution, particulièrement en 2012 lors de l’occupation de Tombouctou par les rebelles touaregs et leurs alliés djihadistes. Durant cette période, la radio a été systématiquement saccagée, les installations pillées et les fils électriques arrachés des murs pour s’assurer que la voix chrétienne ne s’élève plus. Contraints à l’exil à Bamako, le directeur Abdoulaye Cissé et son équipe ne sont revenus qu’en 2013, dans le sillage de la reconquête. Cependant, le traumatisme le plus profond est survenu le 17 décembre 2015, lorsqu’un assaillant a surgi dans l’ombre et a ouvert le feu sur un groupe de jeunes devant les studios, coûtant la vie à trois d’entre eux, dont l’un des animateurs de la station. Ce « jour le plus sombre » a marqué à jamais la vie de la radio, sans pour autant entamer sa détermination.
Ils ont payé de leurs vies leur engagement à la radio Tahanint
La « Radio Intégrale » comme pont entre les communautés
Pour contourner l’hostilité et les obstacles, la radio a adopté une stratégie de « Radio Intégrale » en se présentant comme une radio communautaire associative plutôt que confessionnelle. Plutôt que de se limiter à un discours purement religieux, elle diffuse des programmes sur la santé, l’agriculture et le développement humain pour toucher l’être humain dans toutes ses dimensions. Cette approche a porté des fruits inattendus, comme en témoigne le cas d’un voisin muezzin devenu un auditeur fidèle de l’émission médicale Docteur Luc, qu’il écoute régulièrement pour son bien-être tant physique que spirituel.
Indépendance technologique et rayonnement régional
Aujourd’hui, Radio Tahanint a transformé ses faiblesses en forces grâce à une autonomie technologique et un rayonnement régional accrus. En matière d’énergie, un partenariat avec FEBA lui a permis d’acquérir une installation solaire massive avec des batteries au lithium, lui permettant de diffuser 24h/24 sans dépendre d’un réseau public défaillant ou de sabotages. Par ailleurs, son action ne se limite plus à Tombouctou ; ses programmes sont désormais repris par un réseau de plus de 30 radios partenaires à travers toute la région, notamment à Goundam, Diré et Niafunké, propageant des messages de paix là où certains tentent d’imposer le silence. Bien que les menaces persistent par intermittence, Abdoulaye Cissé affirme que la radio a encore de très beaux jours devant elle, car elle est devenue un acteur incontournable du paysage médiatique malien.
Abdoulaye Cissé a été lauréat du prix « François Sergy » 2021 à Lomé Togo ici en compagnie d’Emmanuel Ziehli
« L’Afrique subsaharienne et centrale est devenue le nouvel épicentre mondial du djihadisme, où les groupes affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique cherchent à établir un califat sahélien en encerclant les centres urbains ». Dans un article récent, Illia Djadi analyste principal auprès de portes Ouvertes à Londres « cette menace sécuritaire s’accompagne d’une fracture sociale délibérée, ciblant les minorités chrétiennes et transformant la région en l’une des zones de persécution religieuse la plus aiguë au monde ». Au-delà du religieux, et plus loin en Afrique centrale des forces d’occupation comme le M23 terrorise également les populations pour des enjeux territoriaux. Dans ce chaos, la radio s’impose comme le média vital, un dernier rempart dont l’influence est telle qu’elle devient une cible prioritaire pour ceux qui tentent de faire taire tout message de paix. Nous explorons cette réalité à travers cinq témoins en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et en République Démocratique du Congo (RDC).
Côte d’Ivoire 2002 : Jean Seri, précurseur de la résilience radiophonique
Le 19 septembre 2002, à 3 heures du matin, Abidjan bascule dans la violence d’une tentative de coup d’État. Dans le contexte africain actuel, marqué par des crises sécuritaires et la montée des radicalismes, l’expérience vécue par Jean Seri fait office de précurseur. Alors que les grandes ondes internationales comme RFI, la BBC ou Africa Numéro 1 étaient réduites au silence, la radio chrétienne est restée le seul phare dans la tourmente.
L’audace de la foi au cœur des combats
Jean Seri, missionnaire SIM et aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de Fréquence Vie, habitait à proximité immédiate des studios. Ceux-ci étaient situés dans un carrefour stratégique, entre l’école de gendarmerie et celle de la police. Face au chaos, il prend une décision historique : ouvrir l’antenne dès 5 heures du matin pour inviter les Ivoiriens à la prière et diffuser de la musique afin d’apaiser les cœurs. Seul au micro pendant que les tirs retentissent, il transforme le média en un outil de résistance spirituelle et de paix.
Cette présence audacieuse sur les ondes n’est pas passée inaperçue auprès des forces assaillantes. Le deuxième jour, un rebelle appelle directement la station pour exiger l’arrêt des programmes : « Il faut arrêter d’appeler les gens à fléchir le genou et à prier… Ces prières ont empêché notre action d’aboutir. ». Malgré la menace explicite de voir la radio détruite, Jean Seri répond avec une sérénité désarmante, invitant son interlocuteur à « se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable ».
Un héritage national en pleine expansion
Aujourd’hui, cet héritage de résilience a permis à la station de devenir la radio nationale des Églises protestantes évangéliques de Côte d’Ivoire. Véritable institution médiatique, elle émet sur les ondes nationales à Abidjan sur le 89.4 FM. Son rayonnement couvre désormais cinq autres villes stratégiques du pays : Abengourou, Bouaké, Man et Yamoussoukro. Pour Jean Seri, les radios chrétiennes demeurent des outils essentiels pour empêcher la montée des radicalismes, car elles portent un message d’amour et de paix là où l’homme ne peut plus entrer.
se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable – Jean Seri ici à droite, Abidjan 2026
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/06/Jean-Seri-2.jpg20481639Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-06-09 11:07:502026-06-09 11:07:55Série « Ondes de Choc » : La résilience des radios Chrétiennes face aux rébellions africaines
Alors que la province de l’Ituri fait face à une résurgence d’Ebola, la panique et l’incertitude s’installent en République démocratique du Congo. Pour la Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde, la course contre la montre a commencé. Entretien exclusif avec son directeur, Jean-Luc Simbilyabo, qui oppose la sensibilisation et la foi chrétienne au fatalisme ambiant.
Le bilan officiel communiqué ce 18 mai 2026 par le ministre de la Santé et relayé par Radio Okapi est alarmant : la province de l’Ituri franchit la barre des 350 cas suspects, dont 91 décès probables. L’urgence est redoublée par un défi médical majeur : l’épidémie est causée par la souche Bundibugyo, une variante pour laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué.
À Nyakunde, la population locale, déjà meurtrie par les exactions des groupes armés, doit désormais affronter ce fléau. Au micro, Jean-Luc Simbilyabo raconte la double ligne de front d’une radio communautaire chrétienne.
Interview exclusive
Emmanuel Ziehli : Jean-Luc, quelle est l’ambiance générale à Nyakunde depuis l’annonce officielle de l’épidémie le 15 mai ? Sent-on la panique monter ?
Jean-Luc Simbalibabo : Depuis l’annonce, la population navigue entre une vigilance accrue et une profonde inquiétude. Les habitants tentent d’écouter les consignes médicales, mais nous devons faire face à une vague massive de fausses rumeurs. Au début, les gens ont cru à un canular ou à une fake news, notamment après des incidents survenus dans la région minière de Mongwalu où un cercueil avait été brûlé. Mais aujourd’hui, la réalité est là, et la peur s’installe.
EZ : Pouvez-vous nous préciser quelle est la situation et le bilan actuel à l’hôpital de Nyakunde ? On parle également de l’infection d’un missionnaire américain.
JLS : La situation à l’hôpital de Nyakunde, qui est juste à côté de notre station, est très préoccupante. Au moment où nous sommes en contact, le bilan est de 12 cas enregistrés, dont 4 cas graves testés positifs qui sont actuellement placés en isolement. La panique a augmenté d’un cran avec la confirmation de l’infection du docteur Peter, un médecin missionnaire de nationalité américaine. Il vit ici avec sa famille depuis plus de trois ans et travaille principalement aux urgences. Il a reçu un patient venu de Bunia qui est malheureusement décédé. Le docteur Peter ne savait pas que ce malade souffrait d’Ebola. Ce matin, son état de santé s’est gravement dégradé et il a été placé sous haute surveillance.
EZ : Cette souche Bundibugyo n’a pas de vaccin disponible. Comment les gens réagissent-ils à cette absence d’outils médicaux classiques ?
JLS : Les gens ont la peur au ventre. Ils essaient tant bien que mal d’appliquer les mesures préventives : lavage des mains, utilisation de cendres en guise de désinfectant, ou de savon et de gel quand ils en ont les moyens. Mais c’est un déchirement culturel. La population congolaise aime profondément se saluer, se serrer la main, être ensemble. Pour beaucoup, s’ajouter cette contrainte alors que nous subissons déjà le joug des rebelles de l’ADF, c’est perçu comme une punition de plus.
EZ : Justement, comment votre radio chrétienne adapte-t-elle ses programmes pour lier la foi aux consignes de prévention ?
JLS : À la RTER, nous avons renforcé nos émissions. Nous associons systématiquement les messages bibliques d’espérance à des consignes sanitaires très pratiques (isolement, hygiène, prudence dans les rassemblements). Le gouvernement n’a pas interdit les cultes pour l’instant, mais nous martelons une vérité essentielle sur nos ondes : la foi et la prévention marchent ensemble.
Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde
EZ : Toucher aux rites funéraires traditionnels est un sujet délicat pour les familles. Quels arguments utilisez-vous à l’antenne ?
JLS : C’est un grand défi pastoral. Nous expliquons que le corps physique n’est qu’une enveloppe et que refuser de toucher la dépouille d’un proche mort d’Ebola est un acte de protection pour les survivants. Nous travaillons main dans la main avec les serviteurs de Dieu. Grâce à un groupe WhatsApp de soutien face aux rebelles, nous mobilisons une trentaine de pasteurs locaux. Ils interviennent à l’antenne pour inciter les églises à adapter les pratiques : prier pour les malades à distance, sans imposition des mains, et stopper les salutations tactiles.
« En nous appuyant sur l’épître aux Romains (14:13), nous expliquons à l’antenne qu’enterrer dignement nos morts tout en protégeant les vivants contre la contagion est le plus grand acte d’amour et de foi que l’on puisse poser. » – Jean-Luc Simbilyabo
EZ : Le ministre de la Santé vient d’apporter 5 tonnes de matériel à Bunia avec l’OMS, mais la région compte des centaines de milliers d’habitants. Quelle est la réalité de cet approvisionnement chez vous ?
JLS : Cinq tonnes pour une telle population, c’est une goutte d’eau dans l’océan. Sur le terrain, l’aide internationale est freinée, notamment par l’arrêt des financements d’USAID, ce qui a un impact catastrophique. Dans les officines, les prix des masques et du chlore ont doublé, voire triplé. La population est asphyxiée. Les gens n’ont même plus accès à leurs champs car les djihadistes de l’ADF leur réclament une taxe de 10 dollars par mois pour aller cultiver ! La radio reste le seul repère gratuit et accessible pour les guider.
EZ : Malgré les crises à répétition en Ituri, vous continuez à tenir bon, et vous préparez même la relève avec votre fils. Où puisez-vous, personnellement, cette force et cette résilience pour guider vos auditeurs à travers cette nouvelle tempête ?
JLS : Je dis avec l’apôtre Paul : « Je puis tout par celui qui me fortifie », c’est Jésus-Christ. Ce n’est pas facile, tu vois… Je passe énormément de temps dans la prière, avec la profonde conviction que Dieu ne peut jamais nous abandonner quand nous sommes dans son champ, dans sa mission. Il nous a appelés pour cela, et nous sommes là pour aller de l’avant. La présence de mon fils à mes côtés me fortifie énormément. Elle me donne l’espérance qu’un jour, il pourra m’aider et prendre le relais dans cette lourde tâche, si le Seigneur tarde à venir.
« La présence de mon fils à mes côtés me fortifie et me donne l’espérance qu’un jour, il pourra prendre le relais dans cette lourde tâche. » – Jean-Luc Simbilyabo
EZ : Quel est votre appel le plus pressant aujourd’hui pour le réseau de solidarité internationale (Médias Ébène, FOMECAF, AbR) qui vous soutient ?
JLS : Priez pour nous, et soutenez-nous sur le plan logistique. Nos six batteries gel pour l’émetteur sont totalement usées après cinq ans de services. Elles se déchargent très vite dès que le soleil se couche. Nous sommes alors obligés d’allumer le générateur, mais le prix du gasoil a explosé. Nous avons un besoin urgent de remplacer ces six batteries pour rester sur les ondes, car avec le confinement qui s’annonce et la fermeture probable des églises, la radio va devenir le seul et unique endroit où la population pourra chercher le réconfort, la prévention et la vérité.
Sources de l’article
Source institutionnelle : Alertes épidémiologiques des Autorités Régionales de l’Ituri.
Source de terrain : RTER Nyakunde – Témoignage exclusif de Jean-Luc Simbilyabo.
Médias Ebène lance une souscription pour les besoins urgents de la Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde, précisions mention urgence Ituri
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/05/Jean-Luc_2.jpeg1080810Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-05-18 17:17:342026-06-09 11:44:47Jean-Luc Simbilyabo (RTER) : « Face à la tempête d’Ebola en Ituri, la foi et la prévention marchent ensemble »
L’année 2026 s’ouvre sous une dynamique forte. Le succès du récent séminaire d’Abidjan a confirmé le rôle vital des médias confessionnels comme remparts face au radicalisme. Pour pérenniser cet élan, votre soutien est essentiel.
Notre programme 2026 est ambitieux : en septembre, un séminaire au Tchad avec Africa by Radio (AbR) renforcera la collaboration continentale. Nous prévoyons une tournée technique auprès d’une quarantaine de radios et, en point d’orgue, le séminaire « Lomé 6 » réunissant 100 acteurs de 15 pays. Au quotidien, Médias Ébène offre un appui stratégique constant aux 200 médias du réseau FOMECAF.
Réaliser ces missions exige un budget de fonctionnement de plus de 100 000 €. Ce montant, qui exclut le salaire de notre envoyé, est vital pour poursuivre l’héritage de Radio Réveil et de Radios Ébène Développement, débuté en Afrique dès 1960, afin de sauvegarder des décennies de labeur précieux sur le continent.
Emmanuel Ziehli, pour une « radio intégrale »
Envoyé depuis 16 ans, Emmanuel Ziehli prône une mission holistique : la « radio intégrale ». Ici, le message spirituel s’accompagne d’une réponse aux besoins concrets des populations touchées. Son emploi est sécurisé en Suisse par la SMG à Winterthour, mais son salaire n’est pas encore intégralement couvert. Votre appui direct est donc crucial pour la mission
Dix ans après la tentative de Daech au Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne est le nouvel eldorado djihadiste. Les groupes affiliés à al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique (EIGS) intensifient leurs offensives au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Ce rempart géographique cède la place à un projet de califat sahélien. La stratégie terroriste évolue : des zones rurales, les groupes passent à l’encerclement des centres urbains et menacent le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, selon un scénario rappelant la chute de l’Afghanistan.
Cette crise sécuritaire se double d’une fracture sociale profonde. La culture de tolérance locale est brisée par des divisions ethniques et religieuses délibérément exacerbées. Les communautés chrétiennes sont des cibles privilégiées, confrontées au choix tragique entre conversion forcée ou mort. Le drame de Silgadji (assassinat d’un pasteur au Burkina Faso) en 2019 a marqué le début d’une persécution systématique : régions vidées de leurs minorités, églises fermées et taxes discriminatoires. L’Afrique subsaharienne est désormais la zone de persécution religieuse la plus aiguë au monde.
Légende de l’image: djihadiste à Tombouctou, crédit Wikimedia Common CC BY-SA 4.0
Malgré ce chaos — incluant 2 millions de déplacés au Burkina Faso —, la crise manque de visibilité en Occident. Pourtant, l’instabilité du Sahel menace la sécurité globale en alimentant les routes migratoires et les trafics vers l’Europe. Pour contenir cette bascule, une refonte des politiques étrangères est urgente. Une approche globale doit s’appuyer sur les organisations confessionnelles locales et leurs médias de proximité. Grâce à leur ancrage social, ces acteurs sont des piliers indispensables pour l’information, l’éducation et la médiation communautaire. La reconstruction durable ne pourra se faire sans ces voix du terrain.
Illia Djadi, expert en sécurité et liberté religieuse (Open Doors International). Membre de Médias Ébène et du leadership de FOMECAF, réseau des radios panafricaines.
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/04/Illia-Djadi.jpg8671463Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-04-10 08:48:312026-04-10 08:48:38Face au califat : le calvaire des minorités religieuses en Afrique
Appuis techniques, conseils et formations : voilà la contribution de l’association Médias Ébène aux radios chrétiennes d’Afrique francophone. Aujourd’hui, cette région fait face à des défis majeurs, dont la montée de l’extrémisme religieux. Dans ce contexte, les radios chrétiennes du Sénégal, du Mali, du Tchad, du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Cameroun… font retentir, par leur nombre impressionnant, une voix qui peut faire la différence au nom de Jésus-Christ !
Par leurs programmes, ces radios équipent les populations pour réagir de manière adéquate à l’expansion de l’islamisme. Elles encouragent la compréhension respectueuse de l’autre et sensibilisent à l’importance d’une culture de paix face aux hostilités ethniques et religieuses. Elles contribuent aussi, via la radio intégrale, à la lutte contre la pauvreté.
En Afrique, la radio est le média par excellence. Encourager, former et rassembler ses acteurs nécessite des soutiens variés. L’engagement ce printemps d’un plein-temps pour coordonner ce réseau avec des partenaires locaux est un enjeu majeur. Cela permettra à Médias Ébène d’offrir aux radios évangéliques, pentecôtistes, méthodistes ou réformées de quoi nourrir une espérance fondée en Jésus-Christ.
En tant que journaliste, j’ai participé à des séminaires de formation. Ce fut l’occasion d’apporter aux animateurs des compléments visant l’amélioration de leur présence à l’antenne, la sensibilisation aux fake news qui faussent la perception de la réalité, ou l’initiation au reportage et à l’enquête. Autant de techniques qui permettent à ces acteurs d’être « sel et lumière » dans un contexte marqué par la violence et des dynamiques de destruction.
D’avance merci pour votre aide au développement de cette mission originale !
Serge Carrel, pasteur et journaliste
C’est vous qui êtes le sel du monde… C’est vous qui êtes la lumière du monde…Matthieu 5:13 et 14
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/04/Serge-scaled.jpg25601704Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-04-09 16:20:232026-04-09 16:20:39Médias Ébène, une mission originale pour faire une différence !
La province de l’Ituri, en République Démocratique du Congo, traverse une crise sécuritaire et humanitaire d’une ampleur alarmante. Entre le 28 et le 31 mars 2026, les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) ont multiplié les incursions sanglantes, verrouillant les axes routiers et plongeant le territoire de Mambasa dans l’effroi.
Un bilan humain et des enlèvements massifs
Le week-end du 28 au 29 mars a marqué un tournant dans la violence sur l’axe Mambasa-Komanda. Selon Radio Okapi, les incursions ont débuté à Babungwe avant de frapper Lomalisa, où les assaillants ont tiré en l’air pour capturer les villageois. L’activiste des droits humains John Vuleverio, cité par le média, avance le chiffre terrifiant de 388 civils pris en otage.
L’horreur ne s’arrête pas à la capture. Des sources locales citées par ituri.cd et la CODEPEF rapportent que « certaines victimes auraient été exécutées, leurs corps restant abandonnés sur place sans sépulture » dans la forêt de Bakwanza. Cette situation a entraîné la fermeture de plus de dix structures de santé, privant des milliers de personnes de soins vitaux.
Une économie et une mobilité paralysées
Le lundi 30 mars, une nouvelle attaque a frappé l’axe Mambasa–Bunia, à hauteur de Muchanga. Maître Laurent Kyeya, coordonnateur de la CODEPEF (Convention pour le développement des peuples forestiers), dresse un constat d’une gravité extrême : « Sur les sept chefferies que compte le territoire de Mambasa, la majorité est actuellement sous menace des rebelles ADF. Cette insécurité affecte plusieurs axes routiers importants, notamment Mambasa–Nduye, Mambasa–Kisangani et Mambasa–Beni. »
Comme le souligne RFI, cette stratégie de terreur vise directement les usagers de la route et les agriculteurs. Dans les localités de Makokolo ou Mandima, les habitants n’osent plus accéder à leurs champs, ce qui compromet gravement la production agricole. Les conséquences sont immédiates : déplacements massifs de populations vers le centre de Mambasa et paralysie totale des activités socio-économiques.
Le témoignage de la résilience
Interrogé sur cette situation, Jean-Luc Simbilyabo, directeur de la RTER (Radio Télé Évangile Réconciliation) à Nyakunde, livre un message de force et de foi :
« Les attaques répétées sur l’axe Mambasa–Komanda rappellent la souffrance silencieuse de milliers de familles qui vivent entre peur et espérance. Pourtant, au milieu des cendres, la foi demeure vivante : les chrétiens continuent à prier, à servir et à témoigner. Nous pouvons soutenir cette mission par la prière, par la diffusion de ces témoignages et par un appui concret aux radios locales qui portent la voix de la vérité et de la paix. Comme il est écrit : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue » (Jean 1:5). »
Appels à une intervention d’envergure
Face à l’urgence, la société civile et les médias tels que Yahoo News (AFP) relaient l’exigence d’opérations militaires de grande envergure. « La protection des civils est une obligation fondamentale de l’État », martèle John Vuleverio. Si l’administrateur assistant du territoire, le colonel Maxime, appelle au calme et assure que « les opérations militaires se poursuivent », la population attend des résultats tangibles pour sécuriser les routes et libérer les captifs.
Solidarité : Médias Ébène apporte tout son soutien aux radios chrétiennes membres du FOMECAF implantées dans la région, en particulier la radio RTER à Nyakunde, qui demeure un phare d’espérance indispensable dans la tourmente.
Nouveaux développements : le chantage aux rançons
Selon une mise à jour de la RTCR ce 2 avril, suite à l’incursion à Muchanga (axe Mambasa-Bunia), les ravisseurs ont franchi une nouvelle étape dans l’horreur. Les rebelles exigent désormais une rançon de 10 000 USD pour libérer une partie des otages capturés le 30 mars. Ce chantage financier accentue le désespoir des familles déjà privées de leurs moyens de subsistance, alors que l’accès aux champs est devenu impossible à Makokolo ou Mandima.
CODEPEF (Convention pour le développement des peuples forestiers) : Rapport de Maître Laurent Kyeya sur l’insécurité dans le territoire de Mambasa (30-31 mars 2026).
RTER (Radio Télé Évangile Réconciliation ) : Entretien exclusif avec Jean-Luc Simbilyabo, Directeur de la station à Nyakunde (1er avril 2026).
Autorités de Référence
Administration Territoriale de Mambasa : Déclarations du Colonel Maxime, administrateur assistant, relatives aux opérations militaires en cours.
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/04/Attaques_ITURI.jpeg7501000Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-04-02 11:45:512026-04-05 08:04:09RDC: l’escalade de la terreur des ADF dans le territoire de Mambasa
Dans le cadre d’une émission exceptionnelle à portée nationale et dépassant tous les clivages religieux, Emmanuel Ziehli s’exprime au micro de quatre figures majeures du paysage médiatique ivoirien. Entouré d’Étienne Saï (CEFCA), Kassim Traoré (TV et Radio Hosanna), Niomouti Samuel (Radio Fréquence Vie) et Justin (Radio Nationale Catholique – RNC), il livre un entretien exclusif au carrefour de toutes les confessions. Un rendez-vous médiatique unique pour aborder les enjeux actuels du pays dans un esprit de dialogue et de fraternité.
Le média de la « dernière borne »
Malgré l’omniprésence des réseaux sociaux, la radio demeure le média roi en Afrique. Pourquoi ? Parce qu’elle est la seule à franchir les obstacles de l’analphabétisme et à atteindre les campements les plus isolés. Comme le souligne Emmanuel Ziehli, elle n’est pas qu’un simple récepteur de sons ; elle est un « compagnon de route » qui parle directement au cœur et à l’intelligence de l’auditeur, là où les autres écrans s’éteignent.
Professionnalisme et éthique : le défi de la qualité
L’un des messages forts de ce séminaire d’Abidjan est l’appel à la professionnalisation. Pour l’invité de la rédaction, l’engagement ne doit pas faire l’économie de la compétence.
Sortir de l’amateurisme : Produire des contenus rigoureux et vérifiés.
L’éthique au micro : Dans des contextes parfois fragiles, la radio a le pouvoir de construire la paix ou d’attiser les tensions. Le choix de FOMECAF est clair : la radio doit être un vecteur de réconciliation et d’éducation.
« Chaque micro ouvert est une responsabilité. Nous ne diffusons pas seulement des ondes, nous diffusons de l’influence. » — Emmanuel Ziehli
Le virage numérique : l’alliance de la FM et du Web
Le séminaire aborde également la mutation technologique. Loin de s’opposer à Internet, la radio africaine d’aujourd’hui s’appuie sur le digital pour étendre son écho. Podcast, streaming et réseaux sociaux deviennent les alliés de la bande FM pour toucher une jeunesse ultra-connectée, sans pour autant abandonner les auditeurs traditionnels.
Une synergie Nord Sud pour demain
Le FOMECAF 2026 n’est pas qu’un lieu d’apprentissage, c’est un espace de partage. L’expertise technique rencontrant la réalité du terrain africain crée une dynamique unique. L’objectif final ? Que chaque station de radio devienne un véritable acteur du développement local, traitant de santé, d’agriculture et de citoyenneté avec une voix forte et crédible.
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/03/CEFCA_Studio_Abidjan-scaled.jpg14412560Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-03-20 07:32:122026-03-20 07:33:32Emission nationale: les nouveaux enjeux de la FM africaine à Abidjan
Dernière étape de notre mission de plusieurs jours au Togo : la ville de Notsé, située à 100 km au nord de la capitale, Lomé. C’est ici que nous sommes allés à la rencontre des équipes de la radio Moisson Finale.
Au plus près des équipes et des auditeurs Cette visite de terrain a été l’occasion d’échanges riches et constructifs. Nous avons pu nous entretenir avec la direction et les équipes techniques et journalistiques qui font vivre la station au quotidien.
Afin de mieux mesurer l’impact de la radio dans la région, nous avons également réuni un panel d’auditeurs. Leurs témoignages précieux nous ont permis de comprendre concrètement le rôle essentiel que joue Moisson Finale dans leur vie de tous les jours.
Un soutien concret pour l’avenir Pour saluer le travail accompli et encourager les équipes à poursuivre leur développement, nous n’allions pas repartir les mains vides : nous avons eu la joie de leur remettre du matériel de studio. Un petit coup de pouce technique pour continuer à produire des émissions de qualité !
https://mediasebene.org/wp-content/uploads/2026/02/NOTSE-Radio_Moissons_Finale-scaled.jpg17072560Emmanuel Ziehlihttps://mediasebene.org/wp-content/uploads/2024/11/logo-medias-ebene-web-202411-300x138.pngEmmanuel Ziehli2026-02-25 12:09:042026-02-25 12:12:13En direct du terrain : Rencontre avec Radio « Moisson Finale » à Notsé (Togo)
Série « Ondes de Choc » : RED au Burkina, le « pasteur » des zones orphelines
Afrique francophoneDepuis 2015, le Burkina Faso fait face à une recrudescence dramatique des attaques djihadistes, plongeant plusieurs pans du territoire dans une insécurité chronique. Au cœur de cette tourmente, le réseau Radio Évangile Développement (RED), fort de ses huit stations disséminées à travers le pays, tente de maintenir un lien vital avec les populations. Si les studios d’Ouagadougou restent relativement protégés, les stations de Ouahigouya et Yako au nord, ou celle de Fada N’Gourma à l’est, opèrent sous une surveillance et une vigilance constantes.
Suppléer l’absence des églises
L’impact le plus saisissant de cette crise sécuritaire est la fermeture forcée de plus d’une centaine d’églises, voire davantage, dans les régions du Nord et de l’Est. Dans ce contexte de vide spirituel, la radio a changé de dimension pour ne plus être seulement un média, mais devenir un véritable « pasteur », un conseiller et un moyen de communication indispensable. Etienne Kiemdé rapporte des scènes poignantes de chrétiens privés de lieux de culte, souvent nouvellement convertis, qui se regroupent désormais autour d’un simple poste récepteur pour écouter ensemble le message de l’Évangile.
Une résistance face aux menaces insidieuses
Contrairement à d’autres régions d’Afrique, le réseau RED n’a pas encore subi de dommages matériels directs, bien que la station de Houndé ait dû fermer ses portes temporairement pendant 24 heures par mesure de sécurité après une attaque contre la base de gendarmerie voisine. La pression se fait toutefois sentir de manière plus insidieuse par des menaces que l’on peut qualifier d’indirectes. Cela se traduit par des appels anonymes parvenant à la station pour critiquer les programmes ou tenter d’intimider les équipes, ainsi que par les efforts de certains groupes radicaux pour empêcher les populations d’accéder aux fréquences de la radio.
Un message de cohésion sociale et d’avenir
Face à ceux qui pourraient s’opposer aux appels à la paix, Etienne Kiemdé maintient une ligne ferme axée sur la notion de « Radio Intégrale », dont l’objectif est d’évangéliser tout en développant la communauté. Les programmes ont été spécifiquement réajustés pour mettre l’accent sur la paix, la cohésion sociale et le dialogue, des éléments essentiels pour permettre aux fils et aux filles de la région de vivre ensemble et de se donner la main.
Bien que des statistiques récentes suggèrent qu’une grande partie du territoire — environ 70 % à 75 % — a été récupérée par l’État, une certaine hantise persiste quant à la stabilité réelle du futur et à la peur de voir les violences recommencer. Pour Etienne Kiemdé, la radio reste le dernier rempart contre l’obscurité et un outil irremplaçable capable de franchir les barrières physiques là où les pasteurs ne peuvent plus se rendre physiquement.
Série « Ondes de Choc »: Tombouctou Radio Tahanint, la « Miséricorde »
Mali, Médias chrétiens en Afrique francophoneAu cœur de Tombouctou, la Radio Tahanint, dont le nom signifie « Miséricorde » ou « Pitié » en langue Tamasheq, fait figure de pionnière et de miraculée. Lancée en avril 2007 par l’Église Évangélique Baptiste de Tombouctou, elle fut la toute première station chrétienne à émettre dans tout le nord du Mali, un territoire où le paysage médiatique était alors exclusivement dominé par les radios généralistes ou islamiques.
L’histoire de Tahanint est marquée par le sceau de la persécution, particulièrement en 2012 lors de l’occupation de Tombouctou par les rebelles touaregs et leurs alliés djihadistes. Durant cette période, la radio a été systématiquement saccagée, les installations pillées et les fils électriques arrachés des murs pour s’assurer que la voix chrétienne ne s’élève plus. Contraints à l’exil à Bamako, le directeur Abdoulaye Cissé et son équipe ne sont revenus qu’en 2013, dans le sillage de la reconquête. Cependant, le traumatisme le plus profond est survenu le 17 décembre 2015, lorsqu’un assaillant a surgi dans l’ombre et a ouvert le feu sur un groupe de jeunes devant les studios, coûtant la vie à trois d’entre eux, dont l’un des animateurs de la station. Ce « jour le plus sombre » a marqué à jamais la vie de la radio, sans pour autant entamer sa détermination.
La « Radio Intégrale » comme pont entre les communautés
Pour contourner l’hostilité et les obstacles, la radio a adopté une stratégie de « Radio Intégrale » en se présentant comme une radio communautaire associative plutôt que confessionnelle. Plutôt que de se limiter à un discours purement religieux, elle diffuse des programmes sur la santé, l’agriculture et le développement humain pour toucher l’être humain dans toutes ses dimensions. Cette approche a porté des fruits inattendus, comme en témoigne le cas d’un voisin muezzin devenu un auditeur fidèle de l’émission médicale Docteur Luc, qu’il écoute régulièrement pour son bien-être tant physique que spirituel.
Indépendance technologique et rayonnement régional
Aujourd’hui, Radio Tahanint a transformé ses faiblesses en forces grâce à une autonomie technologique et un rayonnement régional accrus. En matière d’énergie, un partenariat avec FEBA lui a permis d’acquérir une installation solaire massive avec des batteries au lithium, lui permettant de diffuser 24h/24 sans dépendre d’un réseau public défaillant ou de sabotages. Par ailleurs, son action ne se limite plus à Tombouctou ; ses programmes sont désormais repris par un réseau de plus de 30 radios partenaires à travers toute la région, notamment à Goundam, Diré et Niafunké, propageant des messages de paix là où certains tentent d’imposer le silence. Bien que les menaces persistent par intermittence, Abdoulaye Cissé affirme que la radio a encore de très beaux jours devant elle, car elle est devenue un acteur incontournable du paysage médiatique malien.
Série « Ondes de Choc » : La résilience des radios Chrétiennes face aux rébellions africaines
Cote d'Ivoire, Médias chrétiens en Afrique francophone« L’Afrique subsaharienne et centrale est devenue le nouvel épicentre mondial du djihadisme, où les groupes affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique cherchent à établir un califat sahélien en encerclant les centres urbains ». Dans un article récent, Illia Djadi analyste principal auprès de portes Ouvertes à Londres « cette menace sécuritaire s’accompagne d’une fracture sociale délibérée, ciblant les minorités chrétiennes et transformant la région en l’une des zones de persécution religieuse la plus aiguë au monde ». Au-delà du religieux, et plus loin en Afrique centrale des forces d’occupation comme le M23 terrorise également les populations pour des enjeux territoriaux. Dans ce chaos, la radio s’impose comme le média vital, un dernier rempart dont l’influence est telle qu’elle devient une cible prioritaire pour ceux qui tentent de faire taire tout message de paix. Nous explorons cette réalité à travers cinq témoins en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et en République Démocratique du Congo (RDC).
Côte d’Ivoire 2002 : Jean Seri, précurseur de la résilience radiophonique
Le 19 septembre 2002, à 3 heures du matin, Abidjan bascule dans la violence d’une tentative de coup d’État. Dans le contexte africain actuel, marqué par des crises sécuritaires et la montée des radicalismes, l’expérience vécue par Jean Seri fait office de précurseur. Alors que les grandes ondes internationales comme RFI, la BBC ou Africa Numéro 1 étaient réduites au silence, la radio chrétienne est restée le seul phare dans la tourmente.
L’audace de la foi au cœur des combats
Jean Seri, missionnaire SIM et aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de Fréquence Vie, habitait à proximité immédiate des studios. Ceux-ci étaient situés dans un carrefour stratégique, entre l’école de gendarmerie et celle de la police. Face au chaos, il prend une décision historique : ouvrir l’antenne dès 5 heures du matin pour inviter les Ivoiriens à la prière et diffuser de la musique afin d’apaiser les cœurs. Seul au micro pendant que les tirs retentissent, il transforme le média en un outil de résistance spirituelle et de paix.
Cette présence audacieuse sur les ondes n’est pas passée inaperçue auprès des forces assaillantes. Le deuxième jour, un rebelle appelle directement la station pour exiger l’arrêt des programmes : « Il faut arrêter d’appeler les gens à fléchir le genou et à prier… Ces prières ont empêché notre action d’aboutir. ». Malgré la menace explicite de voir la radio détruite, Jean Seri répond avec une sérénité désarmante, invitant son interlocuteur à « se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable ».
Un héritage national en pleine expansion
Aujourd’hui, cet héritage de résilience a permis à la station de devenir la radio nationale des Églises protestantes évangéliques de Côte d’Ivoire. Véritable institution médiatique, elle émet sur les ondes nationales à Abidjan sur le 89.4 FM. Son rayonnement couvre désormais cinq autres villes stratégiques du pays : Abengourou, Bouaké, Man et Yamoussoukro. Pour Jean Seri, les radios chrétiennes demeurent des outils essentiels pour empêcher la montée des radicalismes, car elles portent un message d’amour et de paix là où l’homme ne peut plus entrer.
Jean-Luc Simbilyabo (RTER) : « Face à la tempête d’Ebola en Ituri, la foi et la prévention marchent ensemble »
Congo, Médias chrétiens en Afrique francophoneAlors que la province de l’Ituri fait face à une résurgence d’Ebola, la panique et l’incertitude s’installent en République démocratique du Congo. Pour la Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde, la course contre la montre a commencé. Entretien exclusif avec son directeur, Jean-Luc Simbilyabo, qui oppose la sensibilisation et la foi chrétienne au fatalisme ambiant.
Le bilan officiel communiqué ce 18 mai 2026 par le ministre de la Santé et relayé par Radio Okapi est alarmant : la province de l’Ituri franchit la barre des 350 cas suspects, dont 91 décès probables. L’urgence est redoublée par un défi médical majeur : l’épidémie est causée par la souche Bundibugyo, une variante pour laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué.
À Nyakunde, la population locale, déjà meurtrie par les exactions des groupes armés, doit désormais affronter ce fléau. Au micro, Jean-Luc Simbilyabo raconte la double ligne de front d’une radio communautaire chrétienne.
Interview exclusive
Emmanuel Ziehli : Jean-Luc, quelle est l’ambiance générale à Nyakunde depuis l’annonce officielle de l’épidémie le 15 mai ? Sent-on la panique monter ?
Jean-Luc Simbalibabo : Depuis l’annonce, la population navigue entre une vigilance accrue et une profonde inquiétude. Les habitants tentent d’écouter les consignes médicales, mais nous devons faire face à une vague massive de fausses rumeurs. Au début, les gens ont cru à un canular ou à une fake news, notamment après des incidents survenus dans la région minière de Mongwalu où un cercueil avait été brûlé. Mais aujourd’hui, la réalité est là, et la peur s’installe.
EZ : Pouvez-vous nous préciser quelle est la situation et le bilan actuel à l’hôpital de Nyakunde ? On parle également de l’infection d’un missionnaire américain.
JLS : La situation à l’hôpital de Nyakunde, qui est juste à côté de notre station, est très préoccupante. Au moment où nous sommes en contact, le bilan est de 12 cas enregistrés, dont 4 cas graves testés positifs qui sont actuellement placés en isolement. La panique a augmenté d’un cran avec la confirmation de l’infection du docteur Peter, un médecin missionnaire de nationalité américaine. Il vit ici avec sa famille depuis plus de trois ans et travaille principalement aux urgences. Il a reçu un patient venu de Bunia qui est malheureusement décédé. Le docteur Peter ne savait pas que ce malade souffrait d’Ebola. Ce matin, son état de santé s’est gravement dégradé et il a été placé sous haute surveillance.
EZ : Cette souche Bundibugyo n’a pas de vaccin disponible. Comment les gens réagissent-ils à cette absence d’outils médicaux classiques ?
JLS : Les gens ont la peur au ventre. Ils essaient tant bien que mal d’appliquer les mesures préventives : lavage des mains, utilisation de cendres en guise de désinfectant, ou de savon et de gel quand ils en ont les moyens. Mais c’est un déchirement culturel. La population congolaise aime profondément se saluer, se serrer la main, être ensemble. Pour beaucoup, s’ajouter cette contrainte alors que nous subissons déjà le joug des rebelles de l’ADF, c’est perçu comme une punition de plus.
EZ : Justement, comment votre radio chrétienne adapte-t-elle ses programmes pour lier la foi aux consignes de prévention ?
JLS : À la RTER, nous avons renforcé nos émissions. Nous associons systématiquement les messages bibliques d’espérance à des consignes sanitaires très pratiques (isolement, hygiène, prudence dans les rassemblements). Le gouvernement n’a pas interdit les cultes pour l’instant, mais nous martelons une vérité essentielle sur nos ondes : la foi et la prévention marchent ensemble.
EZ : Toucher aux rites funéraires traditionnels est un sujet délicat pour les familles. Quels arguments utilisez-vous à l’antenne ?
JLS : C’est un grand défi pastoral. Nous expliquons que le corps physique n’est qu’une enveloppe et que refuser de toucher la dépouille d’un proche mort d’Ebola est un acte de protection pour les survivants. Nous travaillons main dans la main avec les serviteurs de Dieu. Grâce à un groupe WhatsApp de soutien face aux rebelles, nous mobilisons une trentaine de pasteurs locaux. Ils interviennent à l’antenne pour inciter les églises à adapter les pratiques : prier pour les malades à distance, sans imposition des mains, et stopper les salutations tactiles.
EZ : Le ministre de la Santé vient d’apporter 5 tonnes de matériel à Bunia avec l’OMS, mais la région compte des centaines de milliers d’habitants. Quelle est la réalité de cet approvisionnement chez vous ?
JLS : Cinq tonnes pour une telle population, c’est une goutte d’eau dans l’océan. Sur le terrain, l’aide internationale est freinée, notamment par l’arrêt des financements d’USAID, ce qui a un impact catastrophique. Dans les officines, les prix des masques et du chlore ont doublé, voire triplé. La population est asphyxiée. Les gens n’ont même plus accès à leurs champs car les djihadistes de l’ADF leur réclament une taxe de 10 dollars par mois pour aller cultiver ! La radio reste le seul repère gratuit et accessible pour les guider.
EZ : Malgré les crises à répétition en Ituri, vous continuez à tenir bon, et vous préparez même la relève avec votre fils. Où puisez-vous, personnellement, cette force et cette résilience pour guider vos auditeurs à travers cette nouvelle tempête ?
JLS : Je dis avec l’apôtre Paul : « Je puis tout par celui qui me fortifie », c’est Jésus-Christ. Ce n’est pas facile, tu vois… Je passe énormément de temps dans la prière, avec la profonde conviction que Dieu ne peut jamais nous abandonner quand nous sommes dans son champ, dans sa mission. Il nous a appelés pour cela, et nous sommes là pour aller de l’avant. La présence de mon fils à mes côtés me fortifie énormément. Elle me donne l’espérance qu’un jour, il pourra m’aider et prendre le relais dans cette lourde tâche, si le Seigneur tarde à venir.
EZ : Quel est votre appel le plus pressant aujourd’hui pour le réseau de solidarité internationale (Médias Ébène, FOMECAF, AbR) qui vous soutient ?
JLS : Priez pour nous, et soutenez-nous sur le plan logistique. Nos six batteries gel pour l’émetteur sont totalement usées après cinq ans de services. Elles se déchargent très vite dès que le soleil se couche. Nous sommes alors obligés d’allumer le générateur, mais le prix du gasoil a explosé. Nous avons un besoin urgent de remplacer ces six batteries pour rester sur les ondes, car avec le confinement qui s’annonce et la fermeture probable des églises, la radio va devenir le seul et unique endroit où la population pourra chercher le réconfort, la prévention et la vérité.
Sources de l’article
Source institutionnelle : Alertes épidémiologiques des Autorités Régionales de l’Ituri.
Source officielle : Ministère de la Santé de la RDC & Dépêche de Radio Okapi – 18 mai 2026
Source de terrain : RTER Nyakunde – Témoignage exclusif de Jean-Luc Simbilyabo.
2026 : Bâtir l’avenir des médias chrétiens africains
Afrique francophone, Cote d'Ivoire, Médias chrétiens en Afrique francophone, Médias EbèneL’année 2026 s’ouvre sous une dynamique forte. Le succès du récent séminaire d’Abidjan a confirmé le rôle vital des médias confessionnels comme remparts face au radicalisme. Pour pérenniser cet élan, votre soutien est essentiel.
Notre programme 2026 est ambitieux : en septembre, un séminaire au Tchad avec Africa by Radio (AbR) renforcera la collaboration continentale. Nous prévoyons une tournée technique auprès d’une quarantaine de radios et, en point d’orgue, le séminaire « Lomé 6 » réunissant 100 acteurs de 15 pays. Au quotidien, Médias Ébène offre un appui stratégique constant aux 200 médias du réseau FOMECAF.
Réaliser ces missions exige un budget de fonctionnement de plus de 100 000 €. Ce montant, qui exclut le salaire de notre envoyé, est vital pour poursuivre l’héritage de Radio Réveil et de Radios Ébène Développement, débuté en Afrique dès 1960, afin de sauvegarder des décennies de labeur précieux sur le continent.
Emmanuel Ziehli, pour une « radio intégrale »
Envoyé depuis 16 ans, Emmanuel Ziehli prône une mission holistique : la « radio intégrale ». Ici, le message spirituel s’accompagne d’une réponse aux besoins concrets des populations touchées. Son emploi est sécurisé en Suisse par la SMG à Winterthour, mais son salaire n’est pas encore intégralement couvert. Votre appui direct est donc crucial pour la mission
Face au califat : le calvaire des minorités religieuses en Afrique
Afrique francophoneDix ans après la tentative de Daech au Moyen-Orient, l’Afrique subsaharienne est le nouvel eldorado djihadiste. Les groupes affiliés à al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique (EIGS) intensifient leurs offensives au Niger, au Mali et au Burkina Faso. Ce rempart géographique cède la place à un projet de califat sahélien. La stratégie terroriste évolue : des zones rurales, les groupes passent à l’encerclement des centres urbains et menacent le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, selon un scénario rappelant la chute de l’Afghanistan.
Cette crise sécuritaire se double d’une fracture sociale profonde. La culture de tolérance locale est brisée par des divisions ethniques et religieuses délibérément exacerbées. Les communautés chrétiennes sont des cibles privilégiées, confrontées au choix tragique entre conversion forcée ou mort. Le drame de Silgadji (assassinat d’un pasteur au Burkina Faso) en 2019 a marqué le début d’une persécution systématique : régions vidées de leurs minorités, églises fermées et taxes discriminatoires. L’Afrique subsaharienne est désormais la zone de persécution religieuse la plus aiguë au monde.
Légende de l’image: djihadiste à Tombouctou, crédit Wikimedia Common CC BY-SA 4.0
Malgré ce chaos — incluant 2 millions de déplacés au Burkina Faso —, la crise manque de visibilité en Occident. Pourtant, l’instabilité du Sahel menace la sécurité globale en alimentant les routes migratoires et les trafics vers l’Europe. Pour contenir cette bascule, une refonte des politiques étrangères est urgente. Une approche globale doit s’appuyer sur les organisations confessionnelles locales et leurs médias de proximité. Grâce à leur ancrage social, ces acteurs sont des piliers indispensables pour l’information, l’éducation et la médiation communautaire. La reconstruction durable ne pourra se faire sans ces voix du terrain.
Illia Djadi, expert en sécurité et liberté religieuse (Open Doors International). Membre de Médias Ébène et du leadership de FOMECAF, réseau des radios panafricaines.
Médias Ébène, une mission originale pour faire une différence !
Médias EbèneAppuis techniques, conseils et formations : voilà la contribution de l’association Médias Ébène aux radios chrétiennes d’Afrique francophone. Aujourd’hui, cette région fait face à des défis majeurs, dont la montée de l’extrémisme religieux. Dans ce contexte, les radios chrétiennes du Sénégal, du Mali, du Tchad, du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Cameroun… font retentir, par leur nombre impressionnant, une voix qui peut faire la différence au nom de Jésus-Christ !
Par leurs programmes, ces radios équipent les populations pour réagir de manière adéquate à l’expansion de l’islamisme. Elles encouragent la compréhension respectueuse de l’autre et sensibilisent à l’importance d’une culture de paix face aux hostilités ethniques et religieuses. Elles contribuent aussi, via la radio intégrale, à la lutte contre la pauvreté.
En Afrique, la radio est le média par excellence. Encourager, former et rassembler ses acteurs nécessite des soutiens variés. L’engagement ce printemps d’un plein-temps pour coordonner ce réseau avec des partenaires locaux est un enjeu majeur. Cela permettra à Médias Ébène d’offrir aux radios évangéliques, pentecôtistes, méthodistes ou réformées de quoi nourrir une espérance fondée en Jésus-Christ.
En tant que journaliste, j’ai participé à des séminaires de formation. Ce fut l’occasion d’apporter aux animateurs des compléments visant l’amélioration de leur présence à l’antenne, la sensibilisation aux fake news qui faussent la perception de la réalité, ou l’initiation au reportage et à l’enquête. Autant de techniques qui permettent à ces acteurs d’être « sel et lumière » dans un contexte marqué par la violence et des dynamiques de destruction.
D’avance merci pour votre aide au développement de cette mission originale !
Serge Carrel, pasteur et journaliste
RDC: l’escalade de la terreur des ADF dans le territoire de Mambasa
Afrique francophone, CongoLa province de l’Ituri, en République Démocratique du Congo, traverse une crise sécuritaire et humanitaire d’une ampleur alarmante. Entre le 28 et le 31 mars 2026, les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) ont multiplié les incursions sanglantes, verrouillant les axes routiers et plongeant le territoire de Mambasa dans l’effroi.
Un bilan humain et des enlèvements massifs
Le week-end du 28 au 29 mars a marqué un tournant dans la violence sur l’axe Mambasa-Komanda. Selon Radio Okapi, les incursions ont débuté à Babungwe avant de frapper Lomalisa, où les assaillants ont tiré en l’air pour capturer les villageois. L’activiste des droits humains John Vuleverio, cité par le média, avance le chiffre terrifiant de 388 civils pris en otage.
L’horreur ne s’arrête pas à la capture. Des sources locales citées par ituri.cd et la CODEPEF rapportent que « certaines victimes auraient été exécutées, leurs corps restant abandonnés sur place sans sépulture » dans la forêt de Bakwanza. Cette situation a entraîné la fermeture de plus de dix structures de santé, privant des milliers de personnes de soins vitaux.
Une économie et une mobilité paralysées
Le lundi 30 mars, une nouvelle attaque a frappé l’axe Mambasa–Bunia, à hauteur de Muchanga. Maître Laurent Kyeya, coordonnateur de la CODEPEF (Convention pour le développement des peuples forestiers), dresse un constat d’une gravité extrême : « Sur les sept chefferies que compte le territoire de Mambasa, la majorité est actuellement sous menace des rebelles ADF. Cette insécurité affecte plusieurs axes routiers importants, notamment Mambasa–Nduye, Mambasa–Kisangani et Mambasa–Beni. »
Comme le souligne RFI, cette stratégie de terreur vise directement les usagers de la route et les agriculteurs. Dans les localités de Makokolo ou Mandima, les habitants n’osent plus accéder à leurs champs, ce qui compromet gravement la production agricole. Les conséquences sont immédiates : déplacements massifs de populations vers le centre de Mambasa et paralysie totale des activités socio-économiques.
Le témoignage de la résilience
Interrogé sur cette situation, Jean-Luc Simbilyabo, directeur de la RTER (Radio Télé Évangile Réconciliation) à Nyakunde, livre un message de force et de foi :
Appels à une intervention d’envergure
Face à l’urgence, la société civile et les médias tels que Yahoo News (AFP) relaient l’exigence d’opérations militaires de grande envergure. « La protection des civils est une obligation fondamentale de l’État », martèle John Vuleverio. Si l’administrateur assistant du territoire, le colonel Maxime, appelle au calme et assure que « les opérations militaires se poursuivent », la population attend des résultats tangibles pour sécuriser les routes et libérer les captifs.
Solidarité : Médias Ébène apporte tout son soutien aux radios chrétiennes membres du FOMECAF implantées dans la région, en particulier la radio RTER à Nyakunde, qui demeure un phare d’espérance indispensable dans la tourmente.
Nouveaux développements : le chantage aux rançons
Selon une mise à jour de la RTCR ce 2 avril, suite à l’incursion à Muchanga (axe Mambasa-Bunia), les ravisseurs ont franchi une nouvelle étape dans l’horreur. Les rebelles exigent désormais une rançon de 10 000 USD pour libérer une partie des otages capturés le 30 mars. Ce chantage financier accentue le désespoir des familles déjà privées de leurs moyens de subsistance, alors que l’accès aux champs est devenu impossible à Makokolo ou Mandima.
Sources
Sources locales et directes
Autorités de Référence
Emission nationale: les nouveaux enjeux de la FM africaine à Abidjan
Afrique francophoneDans le cadre d’une émission exceptionnelle à portée nationale et dépassant tous les clivages religieux, Emmanuel Ziehli s’exprime au micro de quatre figures majeures du paysage médiatique ivoirien. Entouré d’Étienne Saï (CEFCA), Kassim Traoré (TV et Radio Hosanna), Niomouti Samuel (Radio Fréquence Vie) et Justin (Radio Nationale Catholique – RNC), il livre un entretien exclusif au carrefour de toutes les confessions. Un rendez-vous médiatique unique pour aborder les enjeux actuels du pays dans un esprit de dialogue et de fraternité.
Le média de la « dernière borne »
Malgré l’omniprésence des réseaux sociaux, la radio demeure le média roi en Afrique. Pourquoi ? Parce qu’elle est la seule à franchir les obstacles de l’analphabétisme et à atteindre les campements les plus isolés. Comme le souligne Emmanuel Ziehli, elle n’est pas qu’un simple récepteur de sons ; elle est un « compagnon de route » qui parle directement au cœur et à l’intelligence de l’auditeur, là où les autres écrans s’éteignent.
Professionnalisme et éthique : le défi de la qualité
L’un des messages forts de ce séminaire d’Abidjan est l’appel à la professionnalisation. Pour l’invité de la rédaction, l’engagement ne doit pas faire l’économie de la compétence.
Le virage numérique : l’alliance de la FM et du Web
Le séminaire aborde également la mutation technologique. Loin de s’opposer à Internet, la radio africaine d’aujourd’hui s’appuie sur le digital pour étendre son écho. Podcast, streaming et réseaux sociaux deviennent les alliés de la bande FM pour toucher une jeunesse ultra-connectée, sans pour autant abandonner les auditeurs traditionnels.
Une synergie Nord Sud pour demain
Le FOMECAF 2026 n’est pas qu’un lieu d’apprentissage, c’est un espace de partage. L’expertise technique rencontrant la réalité du terrain africain crée une dynamique unique. L’objectif final ? Que chaque station de radio devienne un véritable acteur du développement local, traitant de santé, d’agriculture et de citoyenneté avec une voix forte et crédible.
En direct du terrain : Rencontre avec Radio « Moisson Finale » à Notsé (Togo)
Afrique francophone, TogoDernière étape de notre mission de plusieurs jours au Togo : la ville de Notsé, située à 100 km au nord de la capitale, Lomé. C’est ici que nous sommes allés à la rencontre des équipes de la radio Moisson Finale.
Au plus près des équipes et des auditeurs Cette visite de terrain a été l’occasion d’échanges riches et constructifs. Nous avons pu nous entretenir avec la direction et les équipes techniques et journalistiques qui font vivre la station au quotidien.
Afin de mieux mesurer l’impact de la radio dans la région, nous avons également réuni un panel d’auditeurs. Leurs témoignages précieux nous ont permis de comprendre concrètement le rôle essentiel que joue Moisson Finale dans leur vie de tous les jours.
Un soutien concret pour l’avenir Pour saluer le travail accompli et encourager les équipes à poursuivre leur développement, nous n’allions pas repartir les mains vides : nous avons eu la joie de leur remettre du matériel de studio. Un petit coup de pouce technique pour continuer à produire des émissions de qualité !