Afrique francophone

L’Afrique francophone désigne tous les États d’Afrique ayant la langue française en partage. Cela inclut plus de 18 pays contigus où le français est utilisé comme langue officielle et/ou véhiculaire. Ces pays s’étendent sur un immense territoire, représentant près de la moitié du continent africain, soit environ 5000 kilomètres du nord au sud et environ 4000 kilomètres d’est en ouest (de Tanger au nord du Maroc à Lubumbashi au sud de la RDC). En 2018, on estimait à environ 140 millions le nombre de francophones africains dans 31 pays et territoires d’Afrique francophone. Le français est arrivé en Afrique avec la colonisation par la France et la Belgique, et ces francophones d’Afrique forment maintenant la partie la plus importante de la Francophonie. N’hésitez pas si vous avez besoin d’autres informations ! 😊

C’est à Kigali, Rwanda, que le bureau de Médias Ebène a participé en octobre dernier au séminaire continental « Africa by Radio » (AbR), l’équivalent anglophone du Forum des médias chrétiens d’Afrique francophone (FOMECAF), lancé par notre association en 2019. Nous y avons joué un rôle central dans l’organisation, l’invitation d’acteurs clés, et l’animation de panels.

Le choix du Rwanda, voisin de l’Est du Congo, a permis d’accueillir des participants venus d’Ituri, du Nord et du Sud Kivu. Ces provinces sont violemment secouées par des groupes armés rebelles (M23, ADF), où l’insécurité et la radicalité menacent la paix et l’expression démocratique. Les conséquences sont lourdes : déplacements massifs et violations des droits humains.

Pourtant, au cœur de ce tumulte, les radios chrétiennes continuent de faire office de phares d’espoir et de résilience. Trois radios congolaises incarnent cette lumière et étaient présentes à Kigali : Radio Télé Réconciliation de Nyankunde (avec Jean-Luc Simabalayo), Radio Sola Deo Gloria de Bunyakiri (avec Floribert Kikwabantu) et Radio Ebène de Bukavu Chaï (avec Blaise Wemba).

Jean-Luc Simabalayo, d’Ituri, avait déjà été honoré du Prix François Sergy lors du FOMECAF 2020 à Lomé pour son projet de « radio intégrale ». slus récemment, Sa station a survécu en trouvant des compromis avec des groupes armés. Son témoignage est poignant : il a reçu des hommes à la radio sachant qu’ils avaient commis des meurtres le matin même.

En cette fin d’année, l’association souhaite saluer ces véritables héros, porteurs des valeurs du Royaume de Dieu (justice, paix, foi, dévouement). Leur engagement inspire, car leurs ondes transportent un message de lumière là où l’obscurité règne.

À Kigali, nous avons également eu la joie de retrouver des amis du Niger et du Mali, dont la situation demeure tout aussi précaire. À tous ces artisans de la paix et messagers de la bonne nouvelle, nous adressons notre gratitude et nos prières.

Abidjan, Côte d’Ivoire – Le paysage médiatique confessionnel d’Afrique francophone s’apprête à vivre un temps fort fin janvier 2026. Le Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone (FOMECAF) tiendra son Séminaire national à Abidjan, avec le soutien actif de Médias Ébène. L’organisation suisse, après une année 2025 dédiée à l’équipement technique, inaugure 2026 sous le signe de la montée en compétences et du renforcement des liens.

C’est un rendez-vous stratégique qui se dessine dans l’enceinte du CEFCA à Abidjan. Du 28 au 30 janvier 2026, décideurs et professionnels de l’information se réuniront autour d’une thématique centrale : « Résilience et responsabilité : le rôle stratégique des médias chrétiens d’Afrique francophone dans la lutte contre le radicalisme, la promotion de la paix et le renforcement de la cohésion sociale ».

De l’équipement à la formation : le tournant de 2026

Pour Médias Ébène, ce séminaire marque une évolution significative de son action sur le continent. Après avoir consacré l’année 2025 à de nombreuses interventions techniques — équipement, réparation et installation de radios — l’organisation entame cette nouvelle année en mettant l’accent sur le capital humain.

L’objectif est clair : renforcer les capacités des acteurs locaux et tisser des liens solides entre les différentes stations. « Médias Ebène salue l’initiative du FOMECAF et se réjouit qu’un impact probant puisse se faire au bénéfice des médias confessionnels ivoiriens », indique l’organisation, confirmant sa volonté de participer à l’essor d’une presse crédible et responsable.

Une expertise internationale au service des ateliers

Pour concrétiser cet engagement, Médias Ébène dépêche à Abidjan une délégation de trois experts chevronnés qui animeront des ateliers techniques l’après-midi, complétant les sessions plénières matinales réservées aux décideurs. Ces interventions cibleront les piliers essentiels d’un média moderne :

Denis Steffen interviendra sur la gestion des contenus, la programmation et l’administration des radios.

Andrea Luzi apportera son expertise sur les technologies de studio et l’optimisation de la qualité sonore.

Emmanuel Ziehli abordera les défis contemporains : le marketing, l’usage de l’Intelligence Artificielle et la recherche de financements.

Un double enjeu : stratégique et opérationnel

Le séminaire, structuré par le FOMECAF, vise à répondre à deux besoins distincts. Les matinées seront consacrées aux décideurs (promoteurs, directeurs, responsables marketing) pour traiter des enjeux macrostratégiques : modèles économiques viables, régulation et défis du secteur.

Les après-midi, place au terrain. Les professionnels de métier (journalistes, animateurs, techniciens) bénéficieront d’ateliers pratiques pour affûter leurs compétences. Cette approche duale vise à améliorer la qualité éditoriale, technique et managériale des organes de presse.

À travers cet événement, le FOMECAF et Médias Ébène réaffirment une mission commune : structurer et connecter les médias chrétiens pour qu’ils demeurent des vecteurs de stabilité sociale, de paix et de « vivre-ensemble » en Afrique francophone.

C’est avec une profonde émotion que nous apprenons, en ce début d’année, le rappel à Dieu de notre cher ami et frère, Albert Watto.

Figure emblématique de notre mission, Albert a servi avec dévouement en tant que membre du Conseil d’administration de Radios Ébène Développement, l’une des entités fondatrices de Médias Ébène. La reconnaissance de son engagement indéfectible devait être solennellement actée lors de notre Assemblée Générale du 15 mars prochain, date à laquelle il devait être nommé Président d’honneur de notre association.

Pionnier et artisan infatigable du soutien aux médias chrétiens en Afrique francophone, nous lui devons un héritage précieux. Dès 1977, aux côtés de Charles Guillot, il initiait des formats d’émissions holistiques et novateurs, spécifiquement pensés pour s’incarner dans la réalité des auditeurs africains.

Pour honorer sa mémoire et son œuvre, nous republions aujourd’hui le témoignage écrit par Charles Guillot sur son ami et compagnon de route. Ce document est disponible en intégralité au format PDF au bas de cette page.

Arrivé en France en janvier 1976 après avoir été instituteur au Congo-Kinshasa (Zaire), Djamba Albert Watto est animé par la volonté de servir le Seigneur. Il s’intègre rapidement aux réseaux missionnaires, fréquentant l’église évangélique de Nation aux côtés d’Alain Choiquier et collaborant avec les équipes de Radio Cordac.

Collaboration et amitié avec Charles Guillot

Sa rencontre déterminante avec Charles Guillot en 1977, lors de la Convention Chrétienne des Cévennes, aboutit à une collaboration fructueuse. Ils conçoivent d’abord « Radios Villages », un projet novateur visant à toucher les populations rurales par des contes, de la musique et des thèmes pratiques. Cependant, ce projet échoue face au conservatisme de l’époque, qui refuse les programmes ne consistant pas en de stricts exposés bibliques.

Loin de renoncer, ils lancent « Le défi de l’Afrique », produit par TWR. Ce programme se distingue par son approche humaniste : ne pouvant distribuer de l’aide matérielle, l’émission offre conseils et directives aux auditeurs démunis. Enregistré pendant cinq ans entre une église baptiste parisienne et les studios de Monaco, le programme est diffusé par plus de 50 émetteurs. Le succès repose sur le concept d’un « Africain qui parle aux Africains », utilisant proverbes et saynètes pour ancrer le message biblique dans la réalité culturelle.

Albert Watto, formateur

Sur le plan de la formation, Watto identifie un besoin crucial chez les pasteurs des églises issues de l’immigration : le manque de bagage théologique. Il crée alors le DEPAF (Département Africain de Missiologie) à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne. Pendant 17 ans, cette structure dispense des cours le samedi pour professionnaliser le ministère pastoral. Cette vision évolue ensuite avec la création de l’Institut Baptiste Afro Caribéen (IBAC) au Blanc-Mesnil, fondé avec le pasteur Luc Saint Louis.

De gauche à droite: Mawuena Abotchi et Juliette Kpessou membres du Leadership de FOMECAF, Albert Watto et son fils Odingha, août 2024 lors de la Conférence internationale de l’entente et Coordination des Œuvres Chrétiennes (ECOC) à Cotonou.

Enfin, pour unifier ces communautés dispersées, il met en place l’ECOCE (Entente et Coordination des Œuvres Chrétiennes), qui fédère aujourd’hui 70 églises dans une fraternité spirituelle. Son engagement se poursuit également en tant que vice-président du conseil d’administration de Radios Ebène Développement.

Lire le témoignage de Charles Guillot au sujet d’Albert Watto (PDF) :

Kigali 2025 : un rendez-vous pour les médias chrétiens en Afrique – En octobre 2025, la capitale du Rwanda, accueillera un événement majeur pour les médias chrétiens africains. Ce rassemblement réunira des professionnels venus de tout le continent et d’ailleurs. Ensemble, ils réfléchiront, se formeront et s’encourageront dans leur mission : servir la Bonne-Nouvelle à travers les médias. Médias Ébène prendra part à ce séminaire en déléguant plusieurs personnes qui contribueront à la réussite de l’événement par leurs interventions. L’association soutiendra par ailleurs la participation de délégués en finançant les déplacements de représentants de République démocratique du Congo, du Togo et du Cameroun.

Une préparation spirituelle et une convergence fraternelle

Le bureau de Médias Ébène ainsi que le secrétaire du FOMECAF seront présents à Kigali du 14 au 24 octobre. Ces rencontres sont très attendues. En effet, de nombreuses personnes qui échangent depuis longtemps sur Internet et les réseaux sociaux auront l’occasion de se retrouver en personne. Les liens virtuels deviendront alors des liens fraternels bien réels.

Ces journées seront rythmées en français et en anglais par des ateliers, des séminaires et des temps de communion. Les participants chercheront à progresser dans leurs compétences, mais aussi à renforcer la qualité des relations humaines. Car l’œuvre médiatique chrétienne repose autant sur des cœurs disposés que sur des techniques.

La formation à l’honneur

En prélude à la conférence continentale, une formation des formateurs se tiendra du 14 au 18 octobre 2025. Animée par des intervenants venus du Cameroun, du Bénin et des États-Unis, elle visera à libérer le potentiel pédagogique de chaque participant afin de multiplier l’impact des initiatives médiatiques.

Par la suite, un réseau de formateurs médiatiques se réunira pour soutenir et équiper les nouvelles générations à travers des actions unifiées et durables.

Séminaire Kigali AbR formation des formateurs

Deux séminaires pour les anglophones

Pour les participants anglophones, un séminaire intitulé « From Concept to On-The-Air » proposera une formation complète en programmation, production, gestion et durabilité des médias radio et vidéo.

Un second séminaire, plus technique, intitulé «From the Mic to the Antenna», présentera les étapes nécessaires pour créer une station de radio et la maintenir en activité, du micro jusqu’à l’antenne.

La convention continentale

Point culminant de cette rencontre, la Convention continentale d’ABR Media se déroulera du 21 au 23 octobre 2025. Le programme, riche et varié, abordera des thèmes cruciaux pour notre époque.

Après une session d’ouverture consacrée à la persécution des chrétiens, la place des jeunes en Afrique sera débattue. Les défis contemporains, tels que l’intelligence artificielle (présentée par le président de Médias Ébène) et la pornographie sur les réseaux sociaux, seront traités avec clarté.

Le leadership en période d’hyperchangement et l’approche des réalités locales constitueront également un thème central. Les participants repartiront avec des outils pratiques pour leur mission.

Des temps d’échanges francs et constructifs permettront à chacun de trouver des idées concrètes pour améliorer son travail médiatique. Une visite au Mémorial du génocide de Kigali est également prévue. Ce moment de recueillement soulignera l’importance de la réconciliation et du témoignage.

Une œuvre spirituelle avant tout

Au-delà des programmes et des horaires, le succès d’une telle rencontre repose sur la prière et la préparation des cœurs. Les initiatives humaines trouvent leur fécondité dans la présence de Dieu et par l’action de son Esprit.

Prions afin que les participants repartent avec de nouvelles compétences, mais surtout avec une vision renouvelée de leur mission. « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole de Christ » (Romains 10 : 17).

Chaque média chrétien a ainsi la vocation de rendre la Parole audible et accessible jusque dans les endroits les plus reculés du continent.

La communauté catholique visée : au moins 40 civils tués dans une attaque attribuée aux ADF

27 juillet 2025

Le centre de Komanda, situé dans la chefferie des Basili en territoire d’Irumu (à environ 75 km de Bunia, province de l’Ituri en RDC), a été le théâtre d’un massacre dans la nuit du 26 au 27 juillet 2025. Cette attaque meurtrière, imputée aux rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF), a fait plus de quarante morts parmi les civils, avec plusieurs personnes portées disparues.

Les assaillants lourdement armés ont pénétré simultanément dans la localité par quatre quartiers : Zunguluka, Umoja, Kipeyayo et Buliki. Ils ont notamment visé une veillée religieuse catholique organisée dans une salle polyvalente, où des paroissiens préparaient les célébrations du cinquantenaire de leur église locale.

Un survivant, encore sous le choc, a rapporté : « Les ADF ont surgi alors que nous dormions. Ils ont verrouillé les issues, ont sélectionné qui tuer, qui attacher, et ont emmené certaines personnes en otages. J’ai survécu par miracle en me cachant derrière des pièces de moto sous un matelas, comprenant leur langue. »

Destructions et victimes

L’attaque a causé d’importants dégâts matériels : habitations incendiées, commerces saccagés et un véhicule Fuso entièrement calciné avec une victime à l’intérieur. Les assaillants auraient également tué un malade mental près de la banque CADECO avant leur incursion principale.

Le quartier de Kipeyayo et ses alentours ont été particulièrement touchés, avec plusieurs corps qui n’auraient pas encore été recensés.

Exode massif et paralysie économique

L’attaque a déclenché un mouvement de panique générale, poussant de nombreux habitants à fuir vers des zones considérées comme plus sûres ou à se réfugier en brousse. Ce dimanche, le centre habituellement dynamique de Komanda demeure largement déserté, la plupart des commerces restant fermés par mesure de précaution.

Réaction des autorités

Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) affirment avoir rétabli leur contrôle sur la zone et ont déployé des unités aux points d’accès stratégiques. Cependant, aucune déclaration officielle des autorités provinciales ou militaires congolaises n’a encore été communiquée concernant ce massacre.

La population locale exige une intensification des opérations militaires et une protection renforcée des civils, continuellement pris pour cibles dans cette région de l’Ituri, dans l’est de la RDC, en proie à une insécurité chronique.

Le bilan reste provisoire, les recherches se poursuivant pour localiser les disparus et les victimes dans les zones reculées.

Correspondance d’Olivier Okande depuis Komanda (RDC)

La Cinémathèque Afrique de l’Institut français lance au Cameroun une tournée intitulée « La Cinémathèque Afrique au Cameroun – Voyage au Cœur du Patrimoine Cinématographique Africain », du 10 au 13 juin 2025,en partenariat avec le Cinéma Numérique Ambulant (CNA).

Cet événement a pour objectif de faire rayonner la richesse et la diversité du patrimoine cinématographique africain et camerounais à travers plusieurs initiatives : des projections de films en plein air accessibles au grand public, des conférences autour du cinéma africain, ainsi que plusieurs animations culturelles de proximité.

La Cinémathèque Afrique sur les routes du Cameroun, plus proche de ses publics

Cette tournée démarre à l’Institut français du Cameroun à  Douala  puis sillonnera les villes de Dibombari et Kribi où auront lieu des projections en plein air de films africains dont des films camerounais dans des lieux emblématiques tels que l’esplanade de la Maison de la Culture à Dimbombari, ou encore la plage de Ngoyé à Kribi.

L’Afrique en images : la Cinémathèque Afrique au fil des routes camerounaises et des récits du continent

À travers cette initiative, la Cinémathèque Afrique et le Cinéma Numérique Ambulant vont à la rencontre de publics divers, des quartiers urbains aux communautés rurales, pour les rassembler autour du cinéma africain, dans une démarche inclusive et participative.  Le grand public camerounais pourra ainsi (re)découvrir des œuvres emblématiques du telles que La vie est belle de Mwezé Ngangura et Benoît Lamy, Le ballon d’or de Cheik Doukouré, Bal Poussière de Henri Duparc, ou encore Akissi, d’Alexandre Coste, adaptation animée de la bande dessinée de Marguerite Abouet.

Quatre films camerounais seront également mis à l’honneur, parmi lesquelles Angles de Frank Thierry. Lea Malle, Ngoungoure d’Aïssatou Njayou, ainsi que Walls de Narcisse Wandji.

Une initiative éducative, culturelle et citoyenne

En complément des projections de films africains et camerounais, la Cinémathèque Afrique et le Cinéma Numérique Ambulant organisent également des animations dédiées et des temps d’échanges afin de favoriser une réflexion collective autour de l’image, du récit et de la mémoire. Cette initiative s’inscrit dans une démarche culturelle et pédagogique inclusive visant à sensibiliser les différentes communautés camerounaises à la richesse de l’héritage cinématographique africain et à renforcer l’éducation critique à l’image. 

La Cinémathèque Afrique : un héritage cinématographique plus proche de ses différents publics

Avec plus de 1 800 films provenant de 45 pays, la Cinémathèque Afrique rassemble l’une des plus riches collections de cinéma africain au monde, allant des années 1950 à nos jours. Son catalogue comprend aussi bien des courts que des longs-métrages, des films d’animation, des documentaires, ainsi que des archives. Ce patrimoine unique, fort de plus d’un millier de réalisateurs, témoigne de la diversité des regards artistiques portés sur l’Afrique et des liens culturels tissés entre les jeunes générations camerounaises et africaines et leur patrimoine cinématographique.

Cette initiative au Cameroun s’inscrit pleinement dans la mission de la Cinémathèque Afrique de préserver, valoriser et diffuser le patrimoine audiovisuel africain, en particulier auprès des jeunes générations.(c)

Légende de l’image: Timothée Tsomana ici au centre, cravate rouge en compagnie des leaders de FOMECAF

Lomé Togo, le 8 mai 2025. C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris, le 8 mai, le décès de notre collègue et ami Timothée Tsomana. Cette perte est d’autant plus douloureuse qu’elle survient seulement vingt jours après celle de son épouse Esther, disparue le 18 avril dernier au CHU de Tokoin. Ce couple laisse derrière lui deux filles adolescentes, âgées de 12 et 15 ans, vers qui se tournent toutes nos pensées et notre compassion.

Nous avons eu le privilège de côtoyer Timothée à travers les séminaires de formation et de renforcement des capacités organisés à Lomé entre 2019 et 2024. En tant que directeur dynamique de l’école de médias « MédiaAfrique », un projet qu’il avait repris après l’initiative d’IBRA radio, il a su impulser une énergie nouvelle dans le domaine de la formation. Plusieurs membres de l’association Médias Ébène ont eu l’opportunité d’intervenir comme professeurs invités dans cette école, au cours de nombreuses sessions.

Par ailleurs, Timothée avait généreusement accepté de contribuer à l’encadrement du Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone (FOMECAF), un engagement qu’il avait réaffirmé en décembre dernier, malgré son retrait de « MédiaAfrique ».

Le Conseil d’Administration de l’association Médias Ébène adresse ses plus sincères condoléances à ses filles et à sa famille, qui traverse une épreuve des plus éprouvantes. Que son souvenir demeure vivant dans les projets qu’il a contribué à bâtir et qu’il continue d’inspirer ceux qui l’ont connu.

Du 18 au 21 mars 2025, Gloria Radio a organisé une formation en production radio pour son personnel au Centre Gloria. Cette initiative, dirigée par Monsieur MVONDO Justin et Madame NOUTCHONG Marie Angéline, visait à améliorer la qualité des émissions et à préparer le lancement des programmes de Gloria Radio. Les participants ont bénéficié de modules variés, allant de la conception d’émissions à la gestion du studio, en passant par le marketing digital.

Apport de Médias Ébène

Emmanuel Ziehli, de l’association Médias Ébène, a joué un rôle important en présentant un module sur le marketing des émissions radio. En visioconférence depuis la Suisse, il a souligné l’importance des médias sociaux pour amplifier le message de la radio et a recommandé la création de pages sur diverses plateformes comme YouTube, Facebook, et Instagram. Ses conseils ont été essentiels pour intégrer une stratégie digitale efficace, garantissant ainsi une meilleure visibilité et interaction avec la communauté.

Recommandations et Perspectives

La formation s’est conclue par des recommandations visant à renforcer les capacités de Gloria Radio. Monsieur MVONDO Justin a insisté sur la rédaction d’un rapport de fin de formation et la poursuite de l’accompagnement par les partenaires. Les participants ont exprimé leur satisfaction et leur enthousiasme pour les compétences acquises, prêtes à être mises en pratique pour produire des contenus de qualité et compétitifs.

Gloria Radio est désormais bien équipée pour offrir des programmes attractifs et professionnels, grâce à cette formation enrichissante et aux contributions significatives de tous les acteurs impliqués.

Découvrir la partie pylône de la radio

En marge de la conférence qui se tiendra jeudi 27 mars 2025 à 18h30 à l’Université de Genève, Uni Mail, salle MS150, Illia Djadi, membre de notre association, a été invité à l’émission de la Radio nationale suisse RTS. Il a offert une mise en perspective sur une région qui, pour la première fois, représente « plus de la moitié de tous les décès liés au terrorisme », selon le Global Terror Index (GTI). Le Burkina Faso figure en tête de cet index. L’urgence des actions menées par Médias Ébène à travers les médias, en tant que vecteurs favorisant le vivre ensemble, est plus prégnante que jamais.

Depuis plusieurs années, cette zone traversant l’Afrique d’est en ouest (principalement Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad, Mauritanie) connaît une montée inquiétante des groupes djihadistes comme l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM, affilié à Al-Qaïda), et Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.

Plusieurs facteurs contribuent à cette situation :

  • La fragilité des États et le manque de contrôle sur de vastes territoires
  • Les crises de gouvernance et l’instabilité politique (coups d’État récents)
  • Les conflits intercommunautaires que les terroristes exploitent
  • La pauvreté et le manque d’opportunités économiques
  • Le changement climatique qui exacerbe les tensions liées aux ressources

Le retrait des forces occidentales (notamment françaises avec la fin de l’opération Barkhane) et les relations tendues avec les organisations régionales ont créé un vide sécuritaire. Parallèlement, l’influence de groupes comme Wagner (maintenant Africa Corps) s’est accrue dans la région.

Cette concentration d’activité terroriste, combinée à l’expansion géographique vers les pays côtiers comme le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire, justifie qu’on puisse considérer le Sahel comme un nouvel épicentre du terrorisme mondial.

Alors que les dirigeants africains se réunissaient récemment à Addis-Abeba pour le sommet de l’Union africaine, le continent est englouti dans une crise sécuritaire croissante qui passe presque inaperçue dans les médias occidentaux. Du Sahel au Soudan, la violence, les insurrections et l’instabilité poussent des millions de personnes au bord du gouffre. C’est une situation que l’Occident ne peut plus se permettre d’ignorer non seulement par devoir moral, mais aussi par intérêt stratégique à long terme. Analyse d’Illia Djadi, membre du leadership de FOMECAF et analyste sénior pour l’ONG Portes Ouvertes à Londres.

Une escalade alarmante de la violence

La propagation des conflits à travers l’Afrique a atteint des proportions inquiétantes. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale sont devenues des foyers de violence, avec une hausse marquée des insurrections islamistes et des activités terroristes. Le Sahel est désormais le nouvel épicentre du terrorisme mondial, les groupes djihadistes profitant de la faiblesse des États, des frontières poreuses et des griefs locaux pour étendre leur influence. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger sont en pleine tourmente, les civils subissant le poids de la violence.

Des crises humanitaires ignorées

Cette montée des conflits a déclenché des crises humanitaires dévastatrices, notamment au Nigeria, au Soudan et en République démocratique du Congo. Des millions de personnes sont déplacées, des milliers ont été tuées dans des conflits brutaux. Les camps de réfugiés débordent, les violations des droits humains sont omniprésentes, et les organisations d’aide humanitaire sont dépassées par l’ampleur des besoins. Pourtant, malgré cette souffrance humaine immense, la crise ne figure guère sur le radar des décideurs occidentaux.

Des millions de personnes sont déplacées, des milliers ont été tuées dans des conflits brutaux. Les camps de réfugiés débordent, les violations des droits humains sont omniprésentes, et les organisations d’aide humanitaire sont dépassées par l’ampleur des besoins. Pourtant, malgré cette souffrance humaine immense, la crise ne figure guère sur le radar des décideurs occidentaux.

Illia Djadi

Les racines profondes de l’instabilité

Au cœur de cette instabilité se trouvent la mauvaise gouvernance et la fragilité des États. Partout sur le continent, des gouvernements faibles sont incapables de fournir des services de base ou d’assurer la sécurité de leurs populations. La corruption, les luttes politiques internes et l’érosion des normes démocratiques ont rendu les citoyens vulnérables et désabusés. Ce vide de gouvernance a permis aux groupes insurgés de s’implanter, exploitant les frustrations locales pour recruter et étendre leur emprise.

Lorsque l’extrémisme islamiste a pris pied en Syrie et en Irak à partir de 2013, l’Occident a réagi rapidement et avec détermination. Aujourd’hui, alors que des califats islamistes s’établissent en Afrique, il semble y avoir peu d’empressement à intervenir pour les empêcher.

Et maintenant, une inquiétude supplémentaire se profile. Les États-Unis, par exemple, ont laissé entendre qu’ils pourraient réduire l’assistance de l’USAID. Ce serait catastrophique pour des millions de personnes vulnérables. L’aide humanitaire ne sauve pas seulement des vies, elle aide à stabiliser les régions fragiles en offrant éducation, soins de santé et sécurité alimentaire des outils essentiels pour prévenir la radicalisation. Sans ce soutien, le risque d’extrémisme violent augmentera considérablement.

Soldats maliens à Gao en 2013

L’importance d’une réponse occidentale proactive

L’Occident doit reconnaître que la crise africaine n’est pas secondaire à d’autres, comme les guerres en Ukraine et à Gaza—elle a des implications directes pour la sécurité et la stabilité mondiales. L’instabilité en Afrique alimente les réseaux de trafic humain et de drogue qui mènent souvent directement à l’Europe. De plus, à mesure que la violence pousse davantage de personnes à quitter leur foyer, les pressions migratoires sur l’Europe augmenteront inévitablement. Ignorer les causes profondes de ces crises ne fera que créer une nouvelle vague migratoire, que les gouvernements occidentaux tentent désespérément de maîtriser.

L’Occident doit aller au-delà de la rhétorique et s’engager dans des partenariats à long terme qui renforcent les initiatives africaines visant à résoudre les défis en matière de sécurité, de gouvernance et de développement.

Illia Djadi

Il existe encore une opportunité pour un engagement significatif. Le sommet de l’Union africaine offre une plateforme pour que les dirigeants africains tracent un chemin vers la paix et la stabilité, mais ils ne peuvent réussir sans soutien international. L’Occident doit aller au-delà de la rhétorique et s’engager dans des partenariats à long terme qui renforcent les initiatives africaines visant à résoudre les défis en matière de sécurité, de gouvernance et de développement.

Vers une stratégie globale et inclusive

Une stratégie globale est urgemment nécessaire, incluant un engagement diplomatique, une aide au développement et une assistance en matière de sécurité. L’Occident devrait investir dans le renforcement des institutions, soutenir les transitions démocratiques et promouvoir une croissance économique inclusive. Il est tout aussi crucial de s’engager à résoudre les causes profondes des conflits, telles que la pauvreté, les inégalités et le changement climatique.

Ignorer la crise en Afrique n’est plus une option. Le coût de l’inaction se mesurera non seulement en souffrances humaines, mais aussi en instabilité mondiale. L’Occident doit saisir cette chance de soutenir des solutions africaines aux problèmes africains. Une Afrique stable et prospère est dans l’intérêt de tous.

En regardant vers l’avenir, il est essentiel de réfléchir à la manière dont chacun peut contribuer. Soutenir des organisations humanitaires fiables, plaider pour le maintien de l’aide internationale et rester informé de la situation sont des actions concrètes qui peuvent conduire à un changement positif. Aborder ces défis n’est pas seulement une question d’aider l’Afrique c’est œuvrer pour un monde plus sûr et plus équitable pour tous.

Texte librement inspiré de son original en anglais paru le 19 février 2025 dans les colonnes de « The Tablet » sous le titre « The forgotten crises in Africa » avec remerciements.