Tchad : Quand les ondes radiophoniques deviennent le souffle du Sahel

Sous le soleil brûlant de Dourbali, à la frontière centrafricaine de Goré ou dans les massifs du Guéra, le silence des pistes s’efface chaque jour devant le grésillement d'un transistor. Dans ces immensités enclavées du Tchad, où la radio nationale ne pénètre pas et où le réseau électrique relève du mirage, des chrétiens passionnés dressent des antennes de fortune au milieu de nulle part. Leur vocation ? Bien au-delà de la prédication dominicale, il s’agit de bâtir la paix, d’éduquer et de semer une espérance vivante.

Sous le soleil brûlant de Dourbali, à la frontière centrafricaine de Goré ou dans les massifs du Guéra, le silence des pistes s’efface chaque jour devant le grésillement d’un transistor. Dans ces immensités enclavées du Tchad, où la radio nationale ne pénètre pas et où le réseau électrique relève du mirage, des chrétiens passionnés dressent des antennes de fortune au milieu de nulle part. Leur vocation ? Bien au-delà de la prédication dominicale, il s’agit de bâtir la paix, d’éduquer et de semer une espérance vivante.

Médiation, éducation et santé : la FM comme cordon ombilical

Pour un regard occidental saturé d’écrans et d’Internet, la FM semble appartenir au passé. Au cœur du Sahel, elle demeure un cordon ombilical. « Mon peuple, les Peuls nomades, ne se déplace jamais sans son poste collé au flanc », confie le pasteur Moussa Bachaguin Tobio. Depuis trois ans, sa station Kodé Kisndam (« L’Étoile de salut ») émet en foulfouldé, arabe tchadien, baguirmi et français. Dans une contrée isolée, dépourvue d’églises et de relais publics, cette fréquence est un phare.

Goré, Kim, Mongo : des initiatives locales au service du vivre-ensemble

Même élan à Kim, dans une vaste plaine fragilisée par les affrontements saisonniers entre agriculteurs et éleveurs. Akoundso Tiandé a fait de La Voix de la Paix un outil de médiation préventive : avant les semis, des messages de tolérance préparent les esprits au vivre-ensemble. Pendant la crise du Covid-19, la station a diffusé l’école sur les ondes ; aujourd’hui, ses cours bibliques par correspondance mobilisent jusqu’aux chefs coutumiers.

Plus au sud, à Goré, Radio Simadji s’est installée auprès des réfugiés fuyant les violences de Centrafrique. Le préfet et le maire y constatent une réelle métamorphose : fin de la défécation à l’air libre grâce aux causeries d’hygiène, recul de l’alcoolisme masculin et retour au travail d’une terre fertile jusque-là négligée. Non loin de là, Kessely Ève a hissé son émetteur sur des troncs de rôniers pour arracher les enfants à la rue et orienter les jeunes vers l’emploi.

À Mongo, en plein Guéra musulman à 95 %, le défi paraissait insurmontable. Portée par le Dr Béchir Dounoné, pharmacien et cadre de la santé publique, Radio Sôt al-Nadja (« La Voix du Salut ») a bravé six ans de lenteurs administratives avant d’émettre. Sa force ? Une règle d’or : 25 % d’émissions spirituelles et 75 % de programmes de développement (santé, élevage, agriculture, condition féminine). Désormais les dignitaires musulmans viennent en studio pour dialoguer.

La panne d’énergie : pourquoi le solaire est la clé de survie de ces stations

Pourtant, une menace commune asphyxie ces pionniers : la crise énergétique. Faute de carburant abordable, réduites à des groupes de fortune au gaz, les stations coupent leurs antennes après quelques heures, peinant à respecter le seuil légal de sept heures quotidiennes exigé par l’autorité de régulation.

Au Sahel, la réponse brille pourtant au ciel. Équiper ces voix de kits solaires et de batteries lithium durables, c’est leur permettre de continuer à semer la réconciliation dans les solitudes tchadiennes.