Série « Ondes de Choc » : RED au Burkina, le « pasteur » des zones orphelines
Depuis 2015, le Burkina Faso fait face à une recrudescence dramatique des attaques djihadistes, plongeant plusieurs pans du territoire dans une insécurité chronique. Au cœur de cette tourmente, le réseau Radio Évangile Développement (RED), fort de ses huit stations disséminées à travers le pays, tente de maintenir un lien vital avec les populations. Si les studios d’Ouagadougou restent relativement protégés, les stations de Ouahigouya et Yako au nord, ou celle de Fada N’Gourma à l’est, opèrent sous une surveillance et une vigilance constantes.
Suppléer l’absence des églises
L’impact le plus saisissant de cette crise sécuritaire est la fermeture forcée de plus d’une centaine d’églises, voire davantage, dans les régions du Nord et de l’Est. Dans ce contexte de vide spirituel, la radio a changé de dimension pour ne plus être seulement un média, mais devenir un véritable « pasteur », un conseiller et un moyen de communication indispensable. Etienne Kiemdé rapporte des scènes poignantes de chrétiens privés de lieux de culte, souvent nouvellement convertis, qui se regroupent désormais autour d’un simple poste récepteur pour écouter ensemble le message de l’Évangile.
Une résistance face aux menaces insidieuses
Contrairement à d’autres régions d’Afrique, le réseau RED n’a pas encore subi de dommages matériels directs, bien que la station de Houndé ait dû fermer ses portes temporairement pendant 24 heures par mesure de sécurité après une attaque contre la base de gendarmerie voisine. La pression se fait toutefois sentir de manière plus insidieuse par des menaces que l’on peut qualifier d’indirectes. Cela se traduit par des appels anonymes parvenant à la station pour critiquer les programmes ou tenter d’intimider les équipes, ainsi que par les efforts de certains groupes radicaux pour empêcher les populations d’accéder aux fréquences de la radio.

Un message de cohésion sociale et d’avenir
Face à ceux qui pourraient s’opposer aux appels à la paix, Etienne Kiemdé maintient une ligne ferme axée sur la notion de « Radio Intégrale », dont l’objectif est d’évangéliser tout en développant la communauté. Les programmes ont été spécifiquement réajustés pour mettre l’accent sur la paix, la cohésion sociale et le dialogue, des éléments essentiels pour permettre aux fils et aux filles de la région de vivre ensemble et de se donner la main.
Bien que des statistiques récentes suggèrent qu’une grande partie du territoire — environ 70 % à 75 % — a été récupérée par l’État, une certaine hantise persiste quant à la stabilité réelle du futur et à la peur de voir les violences recommencer. Pour Etienne Kiemdé, la radio reste le dernier rempart contre l’obscurité et un outil irremplaçable capable de franchir les barrières physiques là où les pasteurs ne peuvent plus se rendre physiquement.


