Série « Ondes de Choc » Ituri (RDC) : Radio-Télévision Évangile Réconciliation, porter sa croix sur la montagne.

Jean-Luc Simbilyabo de la Radio-Télévision Évangile Réconciliation en Ituri

Dans la province de l’Ituri, au nord-est de la République Démocratique du Congo, le petit village de Nyankunde abrite une station dont le nom sonne comme un défi : la Radio-Télévision Évangile Réconciliation. Perchée sur une montagne pour mieux diffuser son signal, la radio surplombe un sol exceptionnellement riche, gorgé d’or, de coltan et d’uranium. Ces richesses attirent l’intérêt des multinationales et de puissances étrangères telles que la Chine, les États-Unis ou encore la Russie via le groupe Wagner, transformant la région en un centre de convoitises internationales permanentes.

Les ADF : la tactique de la terreur et du silence

Le principal adversaire des populations est le groupe ADF (Allied Democratic Forces), une organisation islamiste radicale qui cherche à imposer la charia aux communautés chrétiennes de l’est du pays. Pour ces djihadistes, s’en prendre aux institutions chrétiennes comme les églises, les écoles ou les médias constitue un choix tactique délibéré. L’information de l’attaque circule plus rapidement par le bouche-à-oreille, ce qui amplifie leur propagande et force les populations à fuir, laissant ainsi le terrain libre pour leurs camps d’entraînement.

Violences des ADF en Iuri
Violences des ADF en Ituri, quasi quotidiennement

Entre menaces directes et pressions psychologiques

Les membres des ADF ne se contentent pas d’observer la radio de loin ; ils l’écoutent attentivement pour surveiller les messages diffusés et les intentions de la communauté chrétienne. Jean-Luc Simbilyabo rapporte des interventions directes et des pressions constantes, notamment des appels d’intimidation provenant de numéros ougandais où les ravisseurs promettent une conversion forcée des chrétiens à l’islam. Parallèlement, l’imam d’une mosquée voisine a sollicité du temps d’antenne, une démarche perçue par le comité de la radio comme une forme de pression coordonnée avec l’intensité des massacres dans la région.

Le prix indicible du sang et de la fidélité

Le courage de Jean-Luc s’est payé au prix de tragédies personnelles indescriptibles, ayant survécu à trois attaques majeures qui ont frappé ses proches. Lors d’un massacre à Komanda, des membres de sa belle-famille ont péri calcinés dans leur véhicule suite à une incursion djihadiste un dimanche. Plus tard, lors d’une incursion directe à son domicile visant explicitement à le trouver, les assaillants ont déversé leur violence sur sa fille aînée, méchamment violée en représailles de l’engagement de son père alors que celui-ci était en déplacement.

Une voix de réconfort sous une « chape de peur »

Aujourd’hui, Nyakunde vit sous une chape de peur constante et une hypertension record au sein de la population. Pourtant, la radio ne se tait pas et continue de mobiliser des pasteurs locaux pour diffuser des messages de réconfort dans divers dialectes régionaux. Pour assurer la pérennité de cette vision malgré les menaces, le fils de Jean-Luc termine actuellement un Master en médias en Ouganda afin de reprendre prochainement le flambeau. Jean-Luc demeure ferme dans sa mission, rappelant que même en passant par la vallée de l’ombre de la mort, ils ne craindront aucun mal.

« Peu importent les ténèbres qui se dressent sur notre chemin ou la dureté des épreuves. Restons fermes et inébranlables dans notre mission. Rappelez-vous ces mots du Psaume : même si nous marchons dans la vallée de l’ombre de la mort, nous ne craindrons aucun mal. Notre détermination est notre plus grande force. » — Jean-Luc Simbilyabo