Jean-Luc Simbilyabo (RTER) : « Face à la tempête d’Ebola en Ituri, la foi et la prévention marchent ensemble »

Jean-Luc Simbilyabo, Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde

Alors que la province de l’Ituri fait face à une résurgence d’Ebola, la panique et l’incertitude s’installent en République démocratique du Congo. Pour la Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde, la course contre la montre a commencé. Entretien exclusif avec son directeur, Jean-Luc Simbilyabo, qui oppose la sensibilisation et la foi chrétienne au fatalisme ambiant.

Le bilan officiel communiqué ce 18 mai 2026 par le ministre de la Santé et relayé par Radio Okapi est alarmant : la province de l’Ituri franchit la barre des 350 cas suspects, dont 91 décès probables. L’urgence est redoublée par un défi médical majeur : l’épidémie est causée par la souche Bundibugyo, une variante pour laquelle il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement homologué.

À Nyakunde, la population locale, déjà meurtrie par les exactions des groupes armés, doit désormais affronter ce fléau. Au micro, Jean-Luc Simbilyabo raconte la double ligne de front d’une radio communautaire chrétienne.

Interview exclusive

Emmanuel Ziehli : Jean-Luc, quelle est l’ambiance générale à Nyakunde depuis l’annonce officielle de l’épidémie le 15 mai ? Sent-on la panique monter ?

Jean-Luc Simbalibabo : Depuis l’annonce, la population navigue entre une vigilance accrue et une profonde inquiétude. Les habitants tentent d’écouter les consignes médicales, mais nous devons faire face à une vague massive de fausses rumeurs. Au début, les gens ont cru à un canular ou à une fake news, notamment après des incidents survenus dans la région minière de Mongwalu où un cercueil avait été brûlé. Mais aujourd’hui, la réalité est là, et la peur s’installe.

EZ : Pouvez-vous nous préciser quelle est la situation et le bilan actuel à l’hôpital de Nyakunde ? On parle également de l’infection d’un missionnaire américain.

JLS : La situation à l’hôpital de Nyakunde, qui est juste à côté de notre station, est très préoccupante. Au moment où nous sommes en contact, le bilan est de 12 cas enregistrés, dont 4 cas graves testés positifs qui sont actuellement placés en isolement. La panique a augmenté d’un cran avec la confirmation de l’infection du docteur Peter, un médecin missionnaire de nationalité américaine. Il vit ici avec sa famille depuis plus de trois ans et travaille principalement aux urgences. Il a reçu un patient venu de Bunia qui est malheureusement décédé. Le docteur Peter ne savait pas que ce malade souffrait d’Ebola. Ce matin, son état de santé s’est gravement dégradé et il a été placé sous haute surveillance.

EZ : Cette souche Bundibugyo n’a pas de vaccin disponible. Comment les gens réagissent-ils à cette absence d’outils médicaux classiques ?

JLS : Les gens ont la peur au ventre. Ils essaient tant bien que mal d’appliquer les mesures préventives : lavage des mains, utilisation de cendres en guise de désinfectant, ou de savon et de gel quand ils en ont les moyens. Mais c’est un déchirement culturel. La population congolaise aime profondément se saluer, se serrer la main, être ensemble. Pour beaucoup, s’ajouter cette contrainte alors que nous subissons déjà le joug des rebelles de l’ADF, c’est perçu comme une punition de plus.

EZ : Justement, comment votre radio chrétienne adapte-t-elle ses programmes pour lier la foi aux consignes de prévention ?

JLS : À la RTER, nous avons renforcé nos émissions. Nous associons systématiquement les messages bibliques d’espérance à des consignes sanitaires très pratiques (isolement, hygiène, prudence dans les rassemblements). Le gouvernement n’a pas interdit les cultes pour l’instant, mais nous martelons une vérité essentielle sur nos ondes : la foi et la prévention marchent ensemble.

Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde
Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde

EZ : Toucher aux rites funéraires traditionnels est un sujet délicat pour les familles. Quels arguments utilisez-vous à l’antenne ?

JLS : C’est un grand défi pastoral. Nous expliquons que le corps physique n’est qu’une enveloppe et que refuser de toucher la dépouille d’un proche mort d’Ebola est un acte de protection pour les survivants. Nous travaillons main dans la main avec les serviteurs de Dieu. Grâce à un groupe WhatsApp de soutien face aux rebelles, nous mobilisons une trentaine de pasteurs locaux. Ils interviennent à l’antenne pour inciter les églises à adapter les pratiques : prier pour les malades à distance, sans imposition des mains, et stopper les salutations tactiles.

« En nous appuyant sur l’épître aux Romains (14:13), nous expliquons à l’antenne qu’enterrer dignement nos morts tout en protégeant les vivants contre la contagion est le plus grand acte d’amour et de foi que l’on puisse poser. » – Jean-Luc Simbilyabo

EZ : Le ministre de la Santé vient d’apporter 5 tonnes de matériel à Bunia avec l’OMS, mais la région compte des centaines de milliers d’habitants. Quelle est la réalité de cet approvisionnement chez vous ?

JLS : Cinq tonnes pour une telle population, c’est une goutte d’eau dans l’océan. Sur le terrain, l’aide internationale est freinée, notamment par l’arrêt des financements d’USAID, ce qui a un impact catastrophique. Dans les officines, les prix des masques et du chlore ont doublé, voire triplé. La population est asphyxiée. Les gens n’ont même plus accès à leurs champs car les djihadistes de l’ADF leur réclament une taxe de 10 dollars par mois pour aller cultiver ! La radio reste le seul repère gratuit et accessible pour les guider.

EZ : Malgré les crises à répétition en Ituri, vous continuez à tenir bon, et vous préparez même la relève avec votre fils. Où puisez-vous, personnellement, cette force et cette résilience pour guider vos auditeurs à travers cette nouvelle tempête ?

JLS : Je dis avec l’apôtre Paul : « Je puis tout par celui qui me fortifie », c’est Jésus-Christ. Ce n’est pas facile, tu vois… Je passe énormément de temps dans la prière, avec la profonde conviction que Dieu ne peut jamais nous abandonner quand nous sommes dans son champ, dans sa mission. Il nous a appelés pour cela, et nous sommes là pour aller de l’avant. La présence de mon fils à mes côtés me fortifie énormément. Elle me donne l’espérance qu’un jour, il pourra m’aider et prendre le relais dans cette lourde tâche, si le Seigneur tarde à venir.

« La présence de mon fils à mes côtés me fortifie et me donne l’espérance qu’un jour, il pourra prendre le relais dans cette lourde tâche. » – Jean-Luc Simbilyabo

EZ : Quel est votre appel le plus pressant aujourd’hui pour le réseau de solidarité internationale (Médias Ébène, FOMECAF, AbR) qui vous soutient ?

JLS : Priez pour nous, et soutenez-nous sur le plan logistique. Nos six batteries gel pour l’émetteur sont totalement usées après cinq ans de services. Elles se déchargent très vite dès que le soleil se couche. Nous sommes alors obligés d’allumer le générateur, mais le prix du gasoil a explosé. Nous avons un besoin urgent de remplacer ces six batteries pour rester sur les ondes, car avec le confinement qui s’annonce et la fermeture probable des églises, la radio va devenir le seul et unique endroit où la population pourra chercher le réconfort, la prévention et la vérité.


Sources de l’article

Source institutionnelle : Alertes épidémiologiques des Autorités Régionales de l’Ituri.

Source officielle : Ministère de la Santé de la RDC & Dépêche de Radio Okapi – 18 mai 2026

Source de terrain : RTER Nyakunde – Témoignage exclusif de Jean-Luc Simbilyabo.

Médias Ebène lance une souscription pour les besoins urgents de la Radio-Télévision Évangile Réconciliation (RTER) à Nyakunde, précisions mention urgence Ituri

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