La bande sahélienne enchaîne les crises : crise climatique, crise politique, crise djihadiste… Dans ce contexte, plus de 100 professionnels des médias se sont retrouvés à N’Djaména, du 30 août au 4 septembre, pour approfondir leur réflexion et leurs compétences afin d’apporter, à leur niveau, une réponse à ces différentes crises.

Quelque 120 personnes ont participé à la conférence AbR-FOMECAF « Médias chrétiens : innover, résister et servir ». Journalistes, animateurs radio, techniciens du son et des émetteurs, ou encore personnes intéressées par l’utilisation de l’intelligence artificielle en radio, ont pu renforcer leurs compétences pour développer les radios confessionnelles et communautaires de la région. La grande majorité des participants venait du Tchad, pays hôte; environ 30 % d’entre eux étaient originaires du nord du Cameroun, tandis qu’une personne avait fait le déplacement depuis la République centrafricaine et une autre depuis le Burundi.

Une soif d’apprendre

Formateurs et organisateurs ont été frappés par la motivation des participants tout au long de la semaine. Venus de contextes où l’accès à la formation professionnelle reste rare, beaucoup ont manifesté une réelle soif d’apprendre, assidus du premier au dernier jour. Les intervenants ont également salué le bon niveau déjà acquis par une partie des participants, qu’il s’agisse de la prise de son, de l’animation radio ou de la maîtrise des nouveaux outils numériques.

Réaliser des émissions pour la jeunesse

« Le Sahel central est la région la plus affectée par le terrorisme djihadiste », explique Illia Djadi, analyste pour la liberté religieuse à l’ONG Portes ouvertes. « Des pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina Faso sont devenus l’épicentre des activités de groupes comme l’État islamique, Al-Qaïda, ou de groupes qui leur sont affiliés. » Au travers de trois interventions, l’ancien journaliste de la BBC a plaidé pour que les radios chrétiennes et communautaires fassent une place, dans leurs émissions, à un message d’espérance pour des populations vivant dans des pays où l’âge moyen avoisine les 20 ans.

Pour l’analyste de Portes ouvertes, les médias de la région doivent promouvoir une « radio intégrale » : des émissions portant sur des thèmes qui profitent à l’ensemble de la population, comme la promotion du vivre-ensemble pacifique, le dialogue interreligieux, ou la réponse au message de haine par le message chrétien de paix. Il a également insisté sur la nécessité de « racheter les terroristes », citant l’exemple de fratries du Burkina Faso divisées par le conflit, l’un des frères ayant été séduit par le discours djihadiste, l’autre s’étant engagé dans les forces gouvernementales.

Pour la première fois au Tchad

Cette conférence régionale se tenait pour la première fois au Tchad. Elle était parrainée par Africa by Radio (AbR) et par le Forum des médias chrétiens d’Afrique francophone (FOMECAF). AbR est un réseau de professionnels des médias chrétiens à dominante anglophone, qui favorise la formation, le réseautage et le partage d’expériences entre professionnels. Le FOMECAF, quant à lui, rassemble des professionnels et des responsables de médias chrétiens de l’espace francophone africain ; il est présidé par Olivia A. Beugré, rédactrice en chef de la radio La Voix de l’espérance, à Abidjan.

Le FOMECAF est soutenu en Europe par l’association Médias Ebène, dont le permanent, le Suisse Emmanuel Ziehli, se félicite du déroulement de la semaine. Selon lui, ce séminaire est arrivé « à point nommé », dans une région du monde particulièrement fragilisée. La forte mobilisation de participants motivés a fait toute la différence. Il y voit « une pierre blanche » dans l’histoire de l’association sur le continent africain. (c)

Le site d’Africa by Radio: https://abrmedia.org/fr/

Le site du Forum des médias chrétiens d’Afrique francophone: https://medias.africa/

Alors que la menace de l’extrémisme violent glisse progressivement du Sahel vers les pays du Golfe de Guinée, la réponse ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle est aussi au cœur des rédactions. Du 28 au 30 janvier dernier, Médias Ébène et le FOMECAF ont réuni 57 professionnels des médias ivoiriens au CEFCA (Abidjan) pour un séminaire intensif dédié à la cohésion sociale et à la résilience.

Quinze ans après la crise libyenne, le constat est amer dans le Sahel, mais la donne change. Selon le Global Terrorism Index, la région concentre désormais près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Plus alarmant encore pour les pays côtiers : la frontière de l’insécurité s’efface. Le nord de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo et du Ghana fait face à des incursions de plus en plus fréquentes.

C’est dans ce contexte d’urgence que le FOMECAF (Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone) et son partenaire technique Médias Ébène ont choisi d’agir, loin des grandes déclarations, directement sur le terrain de la formation.

L’information juste : le premier rempart contre la peur

Pendant plusieurs jours, 24 médias chrétiens de toute la Côte d’Ivoire — radios, télévisions, directeurs de rédactions et communicateurs — se sont rassemblés autour d’experts nationaux et internationaux. L’objectif ? Sortir de la simple posture de constat pour armer techniquement et éditorialement les équipes face aux discours radicaux.

« Dans vos rédactions, l’urgence est réelle et il faut agir au plus vite. Mieux vaut prévenir que guérir, et guérir coûte vraiment très cher », a rappelé un intervenant lors des sessions.

À travers des ateliers pratiques, Médias Ébène a apporté son expertise technique : outils de production moderne, formats radio adaptés au numérique, techniques de vérification de l’information et traitement responsable des sujets sensibles. Il ne s’agit pas de produire une action spectaculaire mais éphémère. L’enjeu est de diffuser, semaine après semaine, en langues locales, des programmes rigoureux capables de renforcer durablement le tissu social.

Le journalisme de solutions au service de la paix

Face à la crise, le rôle du journaliste change. Il ne s’agit plus seulement de rapporter le drame, mais d’orienter les productions vers la recherche de la cohésion et de la paix. Ce séminaire a posé les bases d’un « journalisme de solutions » en Côte d’Ivoire, indispensable pour éviter que les médias ne deviennent, même involontairement, des caisses de résonance pour la désinformation ou les discours de haine.

La renaissance du CEFCA : un pôle d’excellence panafricain

Le choix du lieu de ce séminaire ne devait rien au hasard. Le CEFCA (Centre Évangélique de Formation et de Communication en Afrique), structure historique qui a formé des générations de grands noms des médias — dont des journalistes ayant ensuite rayonné à la BBC ou en Suisse —, renaît aujourd’hui de ses cendres.

Ce séminaire marque une étape cruciale pour redonner au CEFKA sa vocation première : être un carrefour d’excellence panafricain, un vivier de compétences où se forge la relève médiatique de toute la sous-région.

Une victoire d’étape

Alors que l’ONU estime à près de 5 millions le nombre de personnes déplacées de force dans la région, l’engagement des professionnels des médias à Abidjan sonne comme un message d’espoir. En allumant le feu de la formation, de la vigilance et de la responsabilité, Médias Ébène et le FOMECAF rappellent que la parole qui rassemble est la plus puissante des armes contre celle qui divise.