Alors que la menace de l’extrémisme violent glisse progressivement du Sahel vers les pays du Golfe de Guinée, la réponse ne se joue pas seulement sur le terrain militaire. Elle est aussi au cœur des rédactions. Du 28 au 30 janvier dernier, Médias Ébène et le FOMECAF ont réuni 57 professionnels des médias ivoiriens au CEFCA (Abidjan) pour un séminaire intensif dédié à la cohésion sociale et à la résilience.

Quinze ans après la crise libyenne, le constat est amer dans le Sahel, mais la donne change. Selon le Global Terrorism Index, la région concentre désormais près de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde. Plus alarmant encore pour les pays côtiers : la frontière de l’insécurité s’efface. Le nord de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Togo et du Ghana fait face à des incursions de plus en plus fréquentes.

C’est dans ce contexte d’urgence que le FOMECAF (Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone) et son partenaire technique Médias Ébène ont choisi d’agir, loin des grandes déclarations, directement sur le terrain de la formation.

L’information juste : le premier rempart contre la peur

Pendant plusieurs jours, 24 médias chrétiens de toute la Côte d’Ivoire — radios, télévisions, directeurs de rédactions et communicateurs — se sont rassemblés autour d’experts nationaux et internationaux. L’objectif ? Sortir de la simple posture de constat pour armer techniquement et éditorialement les équipes face aux discours radicaux.

« Dans vos rédactions, l’urgence est réelle et il faut agir au plus vite. Mieux vaut prévenir que guérir, et guérir coûte vraiment très cher », a rappelé un intervenant lors des sessions.

À travers des ateliers pratiques, Médias Ébène a apporté son expertise technique : outils de production moderne, formats radio adaptés au numérique, techniques de vérification de l’information et traitement responsable des sujets sensibles. Il ne s’agit pas de produire une action spectaculaire mais éphémère. L’enjeu est de diffuser, semaine après semaine, en langues locales, des programmes rigoureux capables de renforcer durablement le tissu social.

Le journalisme de solutions au service de la paix

Face à la crise, le rôle du journaliste change. Il ne s’agit plus seulement de rapporter le drame, mais d’orienter les productions vers la recherche de la cohésion et de la paix. Ce séminaire a posé les bases d’un « journalisme de solutions » en Côte d’Ivoire, indispensable pour éviter que les médias ne deviennent, même involontairement, des caisses de résonance pour la désinformation ou les discours de haine.

La renaissance du CEFCA : un pôle d’excellence panafricain

Le choix du lieu de ce séminaire ne devait rien au hasard. Le CEFCA (Centre Évangélique de Formation et de Communication en Afrique), structure historique qui a formé des générations de grands noms des médias — dont des journalistes ayant ensuite rayonné à la BBC ou en Suisse —, renaît aujourd’hui de ses cendres.

Ce séminaire marque une étape cruciale pour redonner au CEFKA sa vocation première : être un carrefour d’excellence panafricain, un vivier de compétences où se forge la relève médiatique de toute la sous-région.

Une victoire d’étape

Alors que l’ONU estime à près de 5 millions le nombre de personnes déplacées de force dans la région, l’engagement des professionnels des médias à Abidjan sonne comme un message d’espoir. En allumant le feu de la formation, de la vigilance et de la responsabilité, Médias Ébène et le FOMECAF rappellent que la parole qui rassemble est la plus puissante des armes contre celle qui divise.

« L’Afrique subsaharienne et centrale est devenue le nouvel épicentre mondial du djihadisme, où les groupes affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique cherchent à établir un califat sahélien en encerclant les centres urbains ». Dans un article récent, Illia Djadi analyste principal auprès de portes Ouvertes à Londres « cette menace sécuritaire s’accompagne d’une fracture sociale délibérée, ciblant les minorités chrétiennes et transformant la région en l’une des zones de persécution religieuse la plus aiguë au monde ». Au-delà du religieux, et plus loin en Afrique centrale des forces d’occupation comme le M23 terrorise également les populations pour des enjeux territoriaux. Dans ce chaos, la radio s’impose comme le média vital, un dernier rempart dont l’influence est telle qu’elle devient une cible prioritaire pour ceux qui tentent de faire taire tout message de paix. Nous explorons cette réalité à travers cinq témoins en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et en République Démocratique du Congo (RDC).

Côte d’Ivoire 2002 : Jean Seri, précurseur de la résilience radiophonique

Le 19 septembre 2002, à 3 heures du matin, Abidjan bascule dans la violence d’une tentative de coup d’État. Dans le contexte africain actuel, marqué par des crises sécuritaires et la montée des radicalismes, l’expérience vécue par Jean Seri fait office de précurseur. Alors que les grandes ondes internationales comme RFI, la BBC ou Africa Numéro 1 étaient réduites au silence, la radio chrétienne est restée le seul phare dans la tourmente.

L’audace de la foi au cœur des combats

Jean Seri, missionnaire SIM et aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de Fréquence Vie, habitait à proximité immédiate des studios. Ceux-ci étaient situés dans un carrefour stratégique, entre l’école de gendarmerie et celle de la police. Face au chaos, il prend une décision historique : ouvrir l’antenne dès 5 heures du matin pour inviter les Ivoiriens à la prière et diffuser de la musique afin d’apaiser les cœurs. Seul au micro pendant que les tirs retentissent, il transforme le média en un outil de résistance spirituelle et de paix.


Cette présence audacieuse sur les ondes n’est pas passée inaperçue auprès des forces assaillantes. Le deuxième jour, un rebelle appelle directement la station pour exiger l’arrêt des programmes : « Il faut arrêter d’appeler les gens à fléchir le genou et à prier… Ces prières ont empêché notre action d’aboutir. ». Malgré la menace explicite de voir la radio détruite, Jean Seri répond avec une sérénité désarmante, invitant son interlocuteur à « se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable ».

Un héritage national en pleine expansion

Aujourd’hui, cet héritage de résilience a permis à la station de devenir la radio nationale des Églises protestantes évangéliques de Côte d’Ivoire. Véritable institution médiatique, elle émet sur les ondes nationales à Abidjan sur le 89.4 FM. Son rayonnement couvre désormais cinq autres villes stratégiques du pays : Abengourou, Bouaké, Man et Yamoussoukro. Pour Jean Seri, les radios chrétiennes demeurent des outils essentiels pour empêcher la montée des radicalismes, car elles portent un message d’amour et de paix là où l’homme ne peut plus entrer.

se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable – Jean Seri ici à droite, Abidjan 2026

L’année 2026 s’ouvre sous une dynamique forte. Le succès du récent séminaire d’Abidjan a confirmé le rôle vital des médias confessionnels comme remparts face au radicalisme. Pour pérenniser cet élan, votre soutien est essentiel.

Notre programme 2026 est ambitieux : en septembre, un séminaire au Tchad avec Africa by Radio (AbR) renforcera la collaboration continentale. Nous prévoyons une tournée technique auprès d’une quarantaine de radios et, en point d’orgue, le séminaire « Lomé 6 » réunissant 100 acteurs de 15 pays. Au quotidien, Médias Ébène offre un appui stratégique constant aux 200 médias du réseau FOMECAF.

Réaliser ces missions exige un budget de fonctionnement de plus de 100 000 €. Ce montant, qui exclut le salaire de notre envoyé, est vital pour poursuivre l’héritage de Radio Réveil et de Radios Ébène Développement, débuté en Afrique dès 1960, afin de sauvegarder des décennies de labeur précieux sur le continent.

Emmanuel Ziehli, pour une « radio intégrale »

Envoyé depuis 16 ans, Emmanuel Ziehli prône une mission holistique : la « radio intégrale ». Ici, le message spirituel s’accompagne d’une réponse aux besoins concrets des populations touchées. Son emploi est sécurisé en Suisse par la SMG à Winterthour, mais son salaire n’est pas encore intégralement couvert. Votre appui direct est donc crucial pour la mission