Série « Ondes de Choc » : La résilience des radios Chrétiennes face aux rébellions africaines

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« L’Afrique subsaharienne et centrale est devenue le nouvel épicentre mondial du djihadisme, où les groupes affiliés à al-Qaïda et à l’État islamique cherchent à établir un califat sahélien en encerclant les centres urbains ». Dans un article récent, Illia Djadi analyste principal auprès de portes Ouvertes à Londres « cette menace sécuritaire s’accompagne d’une fracture sociale délibérée, ciblant les minorités chrétiennes et transformant la région en l’une des zones de persécution religieuse la plus aiguë au monde ». Au-delà du religieux, et plus loin en Afrique centrale des forces d’occupation comme le M23 terrorise également les populations pour des enjeux territoriaux. Dans ce chaos, la radio s’impose comme le média vital, un dernier rempart dont l’influence est telle qu’elle devient une cible prioritaire pour ceux qui tentent de faire taire tout message de paix. Nous explorons cette réalité à travers cinq témoins en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et en République Démocratique du Congo (RDC).

Côte d’Ivoire 2002 : Jean Seri, précurseur de la résilience radiophonique

Le 19 septembre 2002, à 3 heures du matin, Abidjan bascule dans la violence d’une tentative de coup d’État. Dans le contexte africain actuel, marqué par des crises sécuritaires et la montée des radicalismes, l’expérience vécue par Jean Seri fait office de précurseur. Alors que les grandes ondes internationales comme RFI, la BBC ou Africa Numéro 1 étaient réduites au silence, la radio chrétienne est restée le seul phare dans la tourmente.

L’audace de la foi au cœur des combats

Jean Seri, missionnaire SIM et aujourd’hui Président du Conseil d’Administration de Fréquence Vie, habitait à proximité immédiate des studios. Ceux-ci étaient situés dans un carrefour stratégique, entre l’école de gendarmerie et celle de la police. Face au chaos, il prend une décision historique : ouvrir l’antenne dès 5 heures du matin pour inviter les Ivoiriens à la prière et diffuser de la musique afin d’apaiser les cœurs. Seul au micro pendant que les tirs retentissent, il transforme le média en un outil de résistance spirituelle et de paix.


Cette présence audacieuse sur les ondes n’est pas passée inaperçue auprès des forces assaillantes. Le deuxième jour, un rebelle appelle directement la station pour exiger l’arrêt des programmes : « Il faut arrêter d’appeler les gens à fléchir le genou et à prier… Ces prières ont empêché notre action d’aboutir. ». Malgré la menace explicite de voir la radio détruite, Jean Seri répond avec une sérénité désarmante, invitant son interlocuteur à « se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable ».

Un héritage national en pleine expansion

Aujourd’hui, cet héritage de résilience a permis à la station de devenir la radio nationale des Églises protestantes évangéliques de Côte d’Ivoire. Véritable institution médiatique, elle émet sur les ondes nationales à Abidjan sur le 89.4 FM. Son rayonnement couvre désormais cinq autres villes stratégiques du pays : Abengourou, Bouaké, Man et Yamoussoukro. Pour Jean Seri, les radios chrétiennes demeurent des outils essentiels pour empêcher la montée des radicalismes, car elles portent un message d’amour et de paix là où l’homme ne peut plus entrer.

se réconcilier avec Dieu plutôt que de tuer son semblable – Jean Seri ici à droite, Abidjan 2026